L’impact du coronavirus sur la croissance chinoise pourrait être temporaire

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Près de deux mois après l’apparition du coronavirus, de nombreux prévisionnistes annoncent une chute brutale de la croissance économique chinoise au premier trimestre. Quelle pourrait être l’ampleur de cette chute, dans quelle mesure celle-ci est-elle déjà intégrée dans le prix des actions et quel serait le profil possible d’une reprise ?

  • La croissance du premier trimestre pourrait baisser de deux tiers
  • Certains facteurs pourraient limiter les dommages
  • Les mesures de Pékin pour éviter un atterrissage brutal
  • Une croissance supérieure à la tendance pour le reste de l’année

Il existe désormais un consensus de marché sur le fait que la croissance du produit intérieur brut de la Chine va fortement chuter au premier trimestre. La baisse pourrait atteindre jusqu’à quatre points de pourcentage, ce qui ramènerait le taux de croissance du premier trimestre à seulement 2 % par rapport au même trimestre de 2019. Cela serait bien en dessous de l’objectif officiel de croissance annuelle de 6 % et pourrait remettre en cause l’objectif de Pékin qui était de doubler le PIB réel entre 2010 et 2020.

Graphique 1 : Le coronavirus devrait porter un sévère coup au PIB au premier trimestre 2020, lequel sera suivi d’un rebond en forme de V si le pic de l’épidémie est observé à la fin du premier trimestre – le graphique montre la croissance du PIB par rapport au trimestre précédent et en glissement annuel (en %)

Source : CEIC, BNPP AM (Asie)

Cette évolution probable ne se reflète pas dans les cours de la bourse. Étant donné que l’effet négatif réel du virus sur l’économie en termes de baisse de la production, des exportations, des ventes au détail, des voyages, du tourisme, etc. est très incertain, le potentiel de baisse des actions chinoises
à court terme est probablement plus important qu’envisagé.

Graphique 2 : Certains secteurs, comme le transport aérien, ont fait l’objet de ventes massives depuis que l’épidémie de coronavirus s’est déclarée ; une comparaison avec la chute survenue lors de la crise du SRAS suggère que la chute brutale des actions des compagnies aériennes mondiales (AWCI) et des compagnies chinoises et hongkongaises va se poursuivre – le graphique montre la baisse des actions des compagnies aériennes mondiales (AWCI) par rapport aux pertes subies lors de l’épidémie de SRAS (axe des abscisses = nombre de jours de cotations à compter du moment où la crise a touché le marché pour la première fois)

Source : FactSet, BNPP AM

Les cinq secteurs les plus touchés – l’industrie manufacturière, le commerce de gros et de détail, la construction, l’hôtellerie-restauration, ainsi que les transports, le stockage et la livraison – représentent 65 % de la main-d’œuvre non agricole chinoise. La plupart de ces emplois et centres de production se trouvent dans les cinq provinces côtières du sud-est. Les arrêts dus à l’épidémie entraînent de graves perturbations dans les secteurs de l’exportation et de l’industrie manufacturière. Les provinces vendent 1700 milliards d’USD de marchandises au reste du monde, ce qui représente 70 % des exportations chinoises. Si elles ne parviennent pas rapidement à reprendre leur production, la chaîne d’approvisionnement mondiale sera fortement perturbée.

Un effet plus limité que le SRAS ?

Il y a des raisons de croire que les dommages infligés à l’économie ne seront pas aussi graves que ce que craignaient de nombreux observateurs. Contrairement à l’épidémie due au virus du SRAS il y a 17 ans, les consommateurs font de plus en plus leurs achats en ligne. La hausse des ventes issues du commerce électronique devrait compenser en grande partie la baisse des ventes dans les magasins traditionnels provoquée par l’épidémie de coronavirus. 

En outre, avec 2 % actuellement, le coronavirus affiche un taux de mortalité bien inférieur aux 10 % du SRAS, bien qu’il puisse avoir un taux de transmission plus élevé et qu’il ait déjà tué plus de personnes que le SRAS.

Pékin a réagi avec fermeté en prenant des mesures drastiques visant à isoler les patients déclarés et potentiels du reste de la population. Cela a accru la probabilité que l’épidémie soit contenue et, par conséquent, que la perte de production du premier trimestre 2020 puisse être compensée par une augmentation de l’activité pendant le reste de l’année.

Pékin pourrait prendre des mesures pour faire face aux conséquences

Modifier l’objectif de croissance pour l’ensemble de l’année est une option, même si cela pourrait être considéré comme trop brutal pour l’économie. Pour la protéger, Pékin devra diminuer ses taux d’intérêt et assouplir sa politique économique de manière très nette pour assurer un rebond au cours des trois derniers trimestres de 2020.

On peut s’attendre à ce qui suit :

  • D’autres baisses des taux d’intérêt cette année sur les facilités de crédit telles que le MLF, le SLF et le PSL, ainsi qu’une baisse du taux de base pour les prêts, avec une nouvelle baisse de 50 points de base selon les pronostics actuels, à comparer aux 20-30 points de base prévus précédemment, et une nouvelle réduction de 100 points de base des réserves obligatoires des banques à comparer aux 50 points de base attendus précédemment, permettant ainsi aux banques de prêter davantage au secteur privé.
  • Des instructions aux institutions financières de ne pas retirer les prêts accordés aux entreprises affectées et de laisser une certaine souplesse concernant les paiements au titre du service de la dette dans les zones touchées.
  • Davantage de dépenses budgétaires dans les infrastructures, d’éventuelles réductions d’impôts et un délai supplémentaire pour le paiement des impôts, ainsi que des allègements d’urgence pour les zones et les villes touchées. Cela provoquerait une hausse du déficit budgétaire à 5,5 % du PIB cette année, contre 3,1 % l’année dernière.
  • Des incitations monétaires telles que les fonds d’urgence, une exonération de charges sociales ou une exonération fiscale pure et simple pour encourager les entreprises à s’abstenir de licencier des travailleurs.
  • Si les difficultés persistent, des mesures pour relancer le marché immobilier.

À moins d’un effondrement de l’économie, il n’y aura pas de reflation massive.

Dynamique de croissance liée à la reprise des ventes automobiles et électroniques

Les activités qui connaissent habituellement une reprise de l’activité à partir du deuxième trimestre pourraient être les premières à rebondir : les secteurs de la construction et de l’activité manufacturière/industrielle, notamment l’automobile et l’électronique. De manière générale, 85 % des chantiers de construction sont lancés à partir du deuxième trimestre, tandis que la production d’électronique est généralement concentrée au cours du second semestre.

Les secteurs de l’automobile et de l’électronique (pour lequel la production de smartphones forunit une approximation) ont déjà amorcé leur reprise à la fin de l’année dernière. Les ventes devraient s’améliorer une fois l’épidémie maîtrisée.

Il est naturel que l’épidémie de coronavirus provoque des inquiétudes en Chine et ailleurs. Toutefois, d’un point de vue macroéconomique et politique, nous pensons qu’il est trop tôt pour paniquer. Nous anticipons un potentiel de croissance à un rythme supérieur à la tendance pour le reste de l’année 2020, compensant la perte de production du premier trimestre, de sorte que l’objectif de croissance pour l’ensemble de l’année ne devrait pas être affecté. Ceci suppose que le pic de la crise du coronavirus ait lieu au premier trimestre 2020.


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Chi Lo

Senior Economist for China

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