Le paradoxe de l’épargne retraite en France

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Cet article est basé sur un sondage fait par BNP Paribas Asset Management et CICERO Group (agence de communication internationale spécialisée en Corporate et Finance) sur un échantillon de 2 000 personnes, représentatif des adultes de la population française, en juin et juillet 2015. Les sondés ont répondu à 47 questions via internet, concernant leurs priorités en termes d’épargne et de préférence entre les différentes alternatives de placement, afin de préparer leur retraite.

 

1. Il y a une forte inadéquation entre l’objectif de performance de l’épargne retraite et les produits dans lesquels les français investissent pour leur retraite.

Les français investissent dans des produits de court terme pour un horizon d’investissement à long terme, au détriment d’un surcroit significatif de potentiel de performance.

En effet, dans le cadre de leur épargne pour la retraite, et même dans un environnement de taux bas, les Français préfèrent investir dans des produits de court terme, délivrant parfois des taux réels négatifs (en tenant compte de l’inflation).

Graphique  1 : estimation de la perte cumulée de pouvoir d’achat (de juillet 2010 à juillet 2015)

Inflation

RendementAnnualisé
Source : BNPP IP au 15 09 2015

Or, l’objectif financier de l’épargne retraite devrait être, a minima, une préservation du pouvoir d’achat au moment de la retraite pour les sommes investies ; ce qui devrait se traduire par une performance annualisée supérieure à l’inflation.

Moins de la moitié des Français épargnent pour leur retraite. Et lorsqu’ils le font, c’est majoritairement (48% des Français) dans des comptes courants et livrets bancaires. Tout de suite après ces placements liquides, leur préférence va aux fonds en euros d’une assurance vie et à l’achat de leur résidence principale.

Lorsqu’on les interroge sur cette préférence pour une épargne sur des produits de court terme, les raisons invoquées sont :

– la liquidité et donc l’accès rapide à son épargne (45%),
– le sentiment d’une absence de risque (38%),
– leur simplicité apparente (29%).

(Chiffres moyens pour les hommes et les femmes)

C’est un peu comme si l’épargne retraite se construisait dans la perspective d’une épargne résiduelle en l’absence de coup dur ou d’imprévu qui nécessiteraient la mobilisation rapide, voire immédiate, du capital épargné sans perte en capital. La crise économique et la poussée du chômage ont exacerbé ce comportement, somme toute symptomatique, des Français.

2. La réconciliation des épargnants avec la prise de risque passe par une dose de protection du capital.

Certains se disent prêts à investir dans des produits de long terme, c’est-à-dire avec des composantes plus risquées, en contrepartie d’une protection totale (39 % des hommes et 33 % des femmes) ou même partielle (30 % des hommes et 27 % des femmes) du capital. Une fiscalité plus attractive constituerait aussi une motivation importante (pour 37 % des hommes et pour 25 % des femmes).

Alors, que recommander à ceux qui sont prêts à investir dans des actifs risqués ?

1. Les actions sont désertées par les Français, qui font preuve d’une forte aversion au risque.

Néanmoins, cela reste l’investissement de long terme par excellence. En effet, plus son horizon d’investissement est lointain plus le risque de perte en capital s’avère improbable et plus la probabilité de la captation de la prime de risque est forte. De plus, l’épargne programmée, régulière, permet de lisser la volatilité des marchés actions.

2. Les solutions à capital garanti ne sont pas à recommander dans un environnement de taux si bas

Dans les conditions de taux actuelles (taux zéro coupon à 10 ans à 1,13 % au 31/08/2015), Il faudrait mobiliser 90 % de son investissement pour garantir le capital à 10 ans, ce qui impliquerait donc une faible participation à la performance des actifs risqués. En imaginant que les 10 % restants soient investis en actions et que ceux–ci doublent sur la période de 10 ans, cela représenterait une performance brute cumulée de 20 % sur la période, et d’environ 1 % annualisée, si l’on tient compte des frais ; soit un placement qui ne serait pas préférable aux produits court terme et qui comporterait plus de risques (lire aussi l’article « La garantie à quelle prix ? »)

3. Les solutions à capital protégé au travers de fonds à horizon de nouvelle génération

Le fait de ne pas proposer systématiquement une protection totale du capital, permet une flexibilité non négligeable. En effet, cela permet d’une part une exposition aux actifs risqués plus importante et donc un potentiel de performance plus important. D’autre part, une nouvelle génération de fonds à horizon, permet de délivrer des niveaux de protection au-delà de 100 % du capital, garantissant donc une performance minimum, à l’échéance si les taux sont plus élevés.

Ce type de solution paraît répondre à un certain nombre de préoccupations des épargnants.

– Simplicité et sur mesure : les fonds à horizons permettent aux épargnants d’investir simplement dans un produit dont le profil de risque est en adéquation avec leur horizon d’investissement

– Accessibilité et liquidité : ces produits sont ouverts et donc permettent une mobilisation rapide de l’épargne, à la valeur de marché, c’est-à-dire avec une perte ou bien un gain en capital

– Protection du capital : une protection du capital à l’échéance, matérialisée par une valeur liquidative protégée à l’échéance, qui ne peut être revue qu’à la hausse

– Une visibilité de son capital disponible à l’échéance, publié tous les jours sur internet

– Potentiel de performance : grâce à une exposition significative aux actifs risqués

– Transparence : site internet dédié avec FAQ, factsheet, simulateurs, VL protégées, performances

L’idéal, bien entendu, est de rentrer sur ce type de produit en épargne programmée, ce qui réduit davantage le risque.

3. Les français ont conscience qu’il faut continuer à investir une fois à la retraite.  

Une fois à la retraite, environ deux tiers des Français comptent réinvestir ou bien rester investis.

Autrement dit, on ne meurt pas le jour de sa retraite et l’espérance de vie est d’une vingtaine d’années, donc un horizon d’investissement long. Le taux de remplacement ne faisant que diminuer – taux de remplacement en dessous de 50 % du salaire de fin de carrière pour la génération de 1985 contre 70 % pour celle de 1945 – il faudra y pallier par la constitution d’un complément de revenus.

Un peu moins de 30 % des personnes interrogées se disent intéressées par des produits délivrant un revenu régulier.

Une fois à la retraite, nous retrouvons le même type de comportement vis-à-vis du risque. Une partie des retraités puisent dans leur compte d’épargne au fur et à mesure de leurs besoins. D’autres cherchent à tirer un revenu le plus régulier possible de l’épargne qu’ils ont constituée.

Que recommander aux nouveaux retraités ?

Il faut mixer épargne de précaution et produits à revenus.

Aujourd’hui, compte tenu des niveaux des taux d’intérêt extrêmement bas, les seules solutions permettant de délivrer un revenu significatif sont les produits intégrant des expositions à des actifs risqués à revenus, par exemple, les actions à fort dividende (il ne faut pas oublier que le CAC40, par exemple, a distribué environ 3 % de dividendes en 2015), des obligations d’entreprise ou parfois souveraines…

Certains fonds diversifiés ont pour objectif de distribuer un coupon annuel de 4 % (souvent avec des coupons mensuels). Cela permet de percevoir un complément de retraite, tout en continuant à essayer de valoriser son capital.

 

Alain Jaques

Product Strategy Manager, Retirement Specialist

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