Les objectifs climatiques de Paris imposent aux investisseurs d’agir

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En ce qui concerne la réalisation des objectifs pour le climat des Accords de Paris, Jane Ambachtsheer, responsable du développement durable chez BNP Paribas Asset Management, est directe. Selon elle, le monde ne parviendra pas à limiter le réchauffement climatique à 1,5 degrés Celsius si nous attendons que les gouvernements agissent. Ce point de vue explique la volonté de BNPP AM de s’assurer que les investissements contribuent à la réalisation des objectifs climatiques.

Le sommet sur le climat qui s’est tenu l’année dernière à Madrid illustre bien la situation actuelle. Les discussions les plus longues jamais menées par l’ONU sur le climat se sont révélées sans conséquence pour les négociations sur le climat et extrêmement décevantes pour la lutte mondiale contre le changement climatique.

Les pourparlers ont reflété une polarisation croissante entre les principaux pays émetteurs qui ont bloqué toute tentative de renforcement contraignant des plans nationaux de réduction des émissions, et le leadership dont ont fait preuve les pays vulnérables et l’Union européenne.

La déception était également au rendez-vous sur le plan technique. On espérait que les parties s’entendraient enfin sur les règles qui devraient régir les marchés mondiaux du carbone (article 6 de l’accord) mais ces discussions ont été reportées à cette année.

Le plus grand appel commun jamais lancé aux gouvernements en faveur d’une action climatique

Le point positif de la COP vient des engagements pris par ce que l’ONU appelle des acteurs non étatiques. Un nombre record de 613 investisseurs avec 37 trillions d’USD d’actifs (dont BNPP AM) a lancé aux gouvernements le plus important appel commun de toute l’histoire pour une action climatique.

Et la COP-25 a vu le tout premier engagement public d’un géant pétrolier à atteindre des émissions nettes nulles d’ici 2050. Dans le même temps, la Banque européenne d’investissement (BEI), dans une démarche sans précédent, a annoncé qu’elle allait supprimer progressivement ses prêts pour la quasi-totalité des projets liés aux énergies fossiles après 2021. Elle est aujourd’hui la première banque multilatérale de développement à aller aussi loin avec une politique de prêts aux énergies fossiles.

Pourtant, alors que les entreprises, les investisseurs et la société civile montrent des progrès en matière d’atténuation des changements climatiques et d’adaptation à ces changements, la réalité est que les gouvernements avancent lentement. Malgré tout, nous devons garder espoir pour la prochaine décennie, et cette année tout particulièrement : nous devons voir de plus grands engagements climatiques sur la table d’ici la COP-26 à Glasgow.

La raison d’être optimiste

En 2006, le documentaire d’Al Gore, An Inconvenient Truth, a été l’un des éléments menant à une prise de conscience sur le changement climatique. Le film a contribué à sensibiliser le monde entier et à galvaniser un mouvement de lutte contre le réchauffement climatique et la pollution.

Si la menace du changement climatique est désormais prise beaucoup plus au sérieux, il s’agit plus que jamais d’une course contre la montre. La science du climat a fait des avancées majeures et les technologies vertes, comme le solaire, se généralisent rapidement. Et le climat est à nouveau au premier plan du débat public grâce, en grande partie, à Greta Thunberg, la nouvelle AI Gore.

Cela dit, les gains les plus importants ont été sur le plan économique : le coût des énergies renouvelables a considérablement baissé. Selon l’IRENA, l’énergie renouvelable est déjà la source d’électricité la moins chère dans de nombreuses régions du monde. Avec des prix qui devraient encore baisser, l’avantage en termes de coûts des énergies renouvelables ne fera que croître.[1]

La pression de l’opinion publique, le soutien des pouvoirs publics et les améliorations constantes du modèle économique des énergies renouvelables et des coûts technologiques associés, notamment en ce qui concerne le stockage des batteries, devraient permettre de nouvelles avancées. Cela devrait en soi améliorer les chances de respecter l’accord de Paris.

Quand la politique bouge

Avec la politique actuelle, nous nous dirigeons vers une hausse moyenne de la température mondiale de plus de 3 °C, selon le Climate Action Tracker. Cela signifie que les gouvernements devront commencer à agir s’ils veulent réellement mettre un terme au changement climatique et que les investisseurs doivent se préparer à de telles mesures.

En prévision de changements politiques radicaux, les Principes pour l’investissement responsable (PIR), en collaboration avec d’autres organisations, ont rédigé l’Inevitable Policy Response et en ont évalué ses conséquences. D’ici 2030, les grands pays devraient avoir pris des mesures pour éliminer progressivement l’utilisation du charbon et avoir établi une tarification supplémentaire pour le CO2. D’ici 2035, ils auront interdit la vente de nouvelles voitures fonctionnant aux énergies fossiles.

Il est important que les institutions financières et les investisseurs anticipent de telles mesures et y répondent. Dans le même temps, ils peuvent contribuer activement en adoptant une stratégie d’investissement pour le climat.

Exercer une influence

Pour les parties prenantes telles que les investisseurs et les gestionnaires d’actifs, il existe plusieurs moyens d’exercer une influence. L’une passe par le vote aux assemblées générales des actionnaires.

En 2019, BNPP AM a été l’un des gestionnaires les plus enclins à soutenir les résolutions favorables au climat. Parmi les résolutions examinées par Majority Action, nous avons soutenu plus de 95 % des propositions des actionnaires sur des sujets tels que l’amélioration de la notification des émissions et des plans de réduction, la transparence du lobbying et les réformes de gouvernance pour améliorer la responsabilité.

Un investisseur peut également chercher à dialoguer avec des sociétés et d’autres émetteurs de titres. Par exemple, BNPP AM, Church of England et le fonds suédois AP7 ont demandé aux grandes entreprises européennes et américaines que leurs activités de lobbying concordent avec les objectifs de l’Accord de Paris. Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un effort plus important du groupe d’investisseurs Climate Action 100+, qui cherche à s’assurer que certaines des plus grandes entreprises mondiales prennent les mesures nécessaires en matière de changement climatique.

L’un des résultats positifs de l’engagement de Climate Action 100+ est que Shell quitte désormais le groupe de pression American Fuel & Petrochemical Manufacturers, invoquant des politiques climatiques divergentes alors qu’il soutient les objectifs de Paris. La compagnie pétrolière et gazière est en train de revoir son alignement avec un total de 19 organisations du secteur. 

Finalement, les investisseurs peuvent exercer une influence par le biais de leurs investissements, en finançant ou en excluant certaines activités. BNPP AM, par exemple, n’investit pas dans les centrales au charbon ou dans le tabac.

La mission des investisseurs : limiter le réchauffement à 1,5° Celsius

L’alignement des portefeuilles d’investissement dans le but de limiter la hausse moyenne de la température mondiale à 1,5° Celsius pose un certain nombre de défis.

  • Peu d’entreprises ont actuellement des activités commerciales alignées sur le 1,5° C.
  • Les données et méthodologies utilisées pour mesurer l’impact des entreprises (et leur orientation en matière de température) ne sont pas encore optimales.
  • Le climat politique actuel exige un engagement plus ferme en matière de politique gouvernementale.
  • Le lobby des entreprises qui privilégie le statu quo est plus fort que celui qui soutient une transition.

L’appui vient d’initiatives comme la New Climate Economy, qui s’intéresse aux bénéfices économiques de la transition vers une économie à faible émission de carbone et aux emplois qu’elle génère.

En tant qu’investisseur à long terme, il est essentiel de se concentrer sur l’avenir, et en particulier, trois thèmes clés guident notre recherche approfondie, notre engagement et notre investissement thématique. Il s’agit de la transition énergétique, du développement durable, et de l’égalité et la croissance inclusive. Dans cette optique, BNPP AM a lancé une stratégie de transition énergétique, une stratégie zéro carbone et un fonds d’économie circulaire.

Ces efforts s’inscrivent dans la lignée des travaux que nous menons sur les informations financières liées au climat et sur la classification des activités des entreprises, par exemple, dans le cadre de la nouvelle taxonomie pour l’investissement durable de la Commission européenne.

Pour l’avenir, l’un des principaux objectifs du secteur est de mesurer l’impact : l’impact sur l’environnement et, plus largement, l’impact aligné sur les objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU. C’est un sujet sur lequel nous travaillons et nous sommes impatients de partager nos avancées avec les investisseurs dans les mois à venir.

Cet article s’appuie sur un entretien avec Jane Ambachtsheer sur www.duurzaambedrijfsleven.nl


[1] Les coûts des technologies des énergies renouvelables ont diminué à un niveau historiquement bas. Le coût moyen pondéré mondial de l’électricité produite par la concentration de l’énergie solaire a baissé de 26 %, la bioénergie de 14 %, le solaire photovoltaïque et l’éolien terrestre de 13 %, l’hydroélectricité de 12 % ainsi que la géothermie et l’éolien offshore de 1 %, respectivement, a déclaré l’Agence internationale pour les énergies renouvelables en mai 2019. 


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Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur à la date de publication. Elles émanent des informations disponibles et sont susceptibles de changer sans préavis. Les équipes de gestion peuvent avoir des opinions différentes et prendre des décisions d’investissement autres en fonction des clients.

Jane Ambachtsheer

Global Head of Sustainability

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