Les politiques économiques relèvent le défi

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Après une semaine d’interventions sans précédent des banques centrales pour répondre aux turbulences sans précédent traversées par les marchés financiers, notre responsable de la recherche macroéconomique, Richard Barwell, et Denis Panel, responsable de la gestion multi-actifs et des solutions quantitatives (MAQS -Multi-Asset and Quantitative Solutions) partagent leurs premières conclusions sur la situation des marchés et les perspectives. Denis Panel exposera nos principales positions d’allocation d’actifs. Nous terminons par une revue des indicateurs que les investisseurs devraient surveiller dans les prochaines semaines.

Quelle est votre analyse sur la situation après les événements de la semaine passée? Quelles sont vos prévisions ?

Richard : l’épidémie de Covid-19 représente un choc sévère et durable pour l’économie mondiale. Malheureusement il semble bien que les mesures sanitaires vont devoir être renforcées avant qu’une amélioration ne puisse être constatée. Au cours des dernières 24 heures, l’Inde et l’Australie ont mis en place des mesures d’isolement de leurs populations et interrompu l’activité de pans entiers de leurs économies. Il ne fait aucun doute que nous sommes en présence d’une crise sanitaire mondiale totalement inédite.

Bien évidemment, l’incertitude sur l’évolution de la situation sur le plan sanitaire est maximale. Il est difficile d’imaginer le bilan humain de cette épidémie ainsi que l’ampleur et la durée des conséquences économiques.

Toutefois, nous estimons que les politiques économiques qui ont été annoncées la semaine dernière sont elles aussi sans précédent. L’action des banques centrales paraît de nature à changer la tendance pour les marchés financiers.

Les décisions qui ont été prises la semaine dernière ont un air de “whatever-it-takes » pour reprendre la formule utilisée par Mario Draghi en juillet 2012 lors de la crise des dettes souveraines de la zone euro. Les banques centrales sont prêtes, « quoi qu’il en coûte » à socialiser les pertes économiques de l’épidémie.

Il est frappant de voir à quel point les réponses ont été, pour certaines, radicales. Par exemple, il est d’ores et déjà acquis que les banques centrales vont financer les déficits qui résulteront des mesures publiques de soutien de l’activité.

Dans la zone euro, l’émission d’eurobonds, qui pourraient financer les pays les plus fragiles, n’est désormais plus exclue.

Il s’agit pour le moins de mesures radicales, qui, de notre point de vue, montrent la détermination des pouvoirs publics à être à la hauteur de ce défi.

Pour les investisseurs dont l’horizon est lointain, nous décelons des opportunités pour racheter graduellement les actifs qui ont connu de violentes baisses pour atteindre des niveaux reflétant un scénario extrêmement défavorable.

Comment ont réagi vos équipes de gestion à ces récents événements ?

Denis : nos équipes sont réparties sur différents sites et ont recours à des visioconférences pour se coordonner et continuer à gérer les actifs de nos clients dans les circonstances exceptionnelles que nous vivons. Nos équipes se concentrent particulièrement sur la gestion du risque mais reste attentives à toutes les opportunités que peut offrir cet environnement très volatil.

Nos décisions d’allocation sont guidées par les hypothèses suivantes :

  • Nous anticipons qu’une « reprise en U » de l’économie mondiale se mettra en place d’ici la fin de l’année.
  • La Chine sera en avance dans cette reprise économique, ce qui apportera une dynamique favorable à l’Asie dans son ensemble.
  • Dynamique des marchés : nos indicateurs maison de suivi des risques envoient un signal d’achat en suivant une approche contrariante.
  • Malgré des annonces exceptionnelles de politiques économiques, les marchés restent volatils. Il nous paraît indispensable de conserver une grande flexibilité dans notre allocation d’actifs pour être en mesure de profiter des opportunités qui se présenteront.

Qu’elles sont vos principales positions sur les différentes classes d’actifs ?

Denis : nos portefeuilles sont construits pour refléter les grandes orientations suivantes : Actions : par rapport aux indices de référence, nous sommes surexposés aux Etats-Unis, à la zone euro et aux marchés émergents. Comme je l’ai indiqué, si des opportunités se présentent, nous pourrons accroître ces positions mais nous n’hésiterons pas à prendre nos profits si la configuration de marchés l’impose. Dans nos portefeuilles plus flexible nous avons mis en place des stratégies optionnelles (call spread).

Opérations de portage : nous surpondérons la dette émergente en dollars et les sociétés d’investissement immobilier cotées (REIT) européennes.

Marchés obligataires : nous sous-pondérons les obligations gouvernementales en Allemagne et aux Pays-Bas ; nous surpondérons les points morts d’inflation aux États-Unis. Via des options, nous sommes sous-exposés aux titres du Trésor américain et avons mis en place une stratégie de repentication de la courbe des taux américaine.

Surexposition à l’or : face à l’assouplissement monétaire massif qui pèse sur les devises, nous sommes acheteurs d’or. De surcroît, le métal précieux devrait bien se comporter si un scénario très négatif venait à se mettre en place.

Le risque actif dans nos portefeuilles est actuellement à 50 % de son objectif. Du fait de la volatilité élevée, l’accentuation de notre surpondération sur les actions est restée limitée.

A quels éléments devraient s’intéresser les investisseurs dans les prochaines semaines ?

Richard : nous estimons qu’il va falloir examiner plus particulièrement quatre facteurs pour comprendre comme évolue la crise.

  • La crise sanitaire en elle-même et la durée des blocages : endiguer l’épidémie est un élément crucial pour faire refluer la volatilité des marchés financiers. L’annonce de la mise au point d’un vaccin ou de la découverte d’un traitement changerait tout. Sinon, il va nous falloir continuer à suivre l’évolution de la pandémie et prendre en compte les effets économiques des mesures décidées pour en réduire les conséquences.
  • Perturbations macroéconomiques et reprise de l’activité : il est désormais bien établi que les conséquences économiques de l’épidémie seront majeures. Les prévisions sont rendues encore plus difficiles par l’incertitude sur la durée de la crise. Toutefois, des enseignements pourront être tirés des premiers signes de reprise de l’activité en Chine et en Asie. Il est désormais très probable que l’économie mondiale connaisse une récession en 2020. Notre scénario central prévoit une amélioration graduelle vers la fin de l’année qui signerait une « reprise en U ».
  • La réponse des pouvoirs publics : dans chaque crise, les politiques mises en œuvre peuvent restaurer la confiance sur les marchés. Ici, nous parlons des politiques économiques plutôt que des mesures de santé publique. Les politiques monétaires ont joué un rôle très important lors de la Grande crise financière et n’ont pratiquement pas été normalisées depuis. Les marges de manœuvre des banques centrales pour utiliser leurs outils conventionnels sont donc limitées. La politique budgétaire peut être décisive si elle est décidée rapidement pour soutenir la demande et est ciblée pour aider les entreprises et les secteurs les plus exposés. Après des débuts un peu hésitants, les dernières mesures budgétaires annoncées par les gouvernements montrent que ces politiques devraient être à la hauteur des enjeux.
  • Indicateurs de sentiment et de stress des marchés financiers : les investisseurs devraient suivre les indicateurs de sentiment et de stress pour évaluer les conditions sur les marchés financiers. Le point crucial ici est d’éviter que l’urgence sanitaire et la crise économique n’entraînent une crise financière. Nous pensons que les politiques économiques annoncées répondent à cet impératif.

Pour conclure, nous restons fondamentalement constructifs sur les perspectives pour les marchés financiers même s’ils devraient rester volatils face aux incertitudes sur l’évolution de la crise sanitaire.

De notre point de vue, les politiques économiques sont à la hauteur de l’enjeu et leur mise en œuvre devraient permettre d’inverser la tendance sur les marchés financiers.


Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur à la date de publication. Elles émanent des informations disponibles et sont susceptibles de changer sans préavis. Les équipes de gestion peuvent avoir des opinions différentes et prendre des décisions d’investissement autres en fonction des clients.

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