Le marché cyclique des devises penche enfin du côté des marchés émergents

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  • Le marché des devises est extrêmement cyclique et nous pensons que plusieurs facteurs convergent actuellement vers un renforcement des devises des marchés émergents.
  • Après une tendance qui a duré 5 ou 6 ans, les marchés des devises offrent de la valeur : en effet, en valeur pondérée par les échanges commerciaux, le dollar américain s’est apprécié de 30 % au cours des six dernières années alors que, dans le même temps, les devises des marchés émergents voyaient leur valeur nominale chuter de plus de 40 %.
  • L’écart de croissance relative joue également en faveur des devises des marchés émergents, tandis que les conditions ayant permis l’appréciation de l’USD sont en passe de disparaître.

Pendant l’entre-deux-guerres, John Maynard Keyes avait accumulé, puis perdu, une petite fortune en investissant dans les monnaies européennes. Plusieurs marchés émergents, le dernier d’entre eux étant l’Argentine, ont commis le « péché originel » consistant à emprunter en devises étrangères à un moment où celles-ci étaient faibles puis à entrer en défaut de paiement lorsqu’elles se sont renforcées. Récemment, les investisseurs ont eu le coup de foudre pour les stratégies de couverture, alors que l’Europe et le Japon dévaluaient énergiquement leur monnaie et que le billet vert s’envolait. Qu’est que qui nous attend désormais ?

C’est la combinaison de plusieurs facteurs qui confère aux devises leur caractère cyclique. À notre avis, le premier d’entre eux, c’est la croissance. L’histoire est là pour nous rappeler que lorsque le taux de croissance d’un pays augmente par rapport au reste du monde, ce pays attire les capitaux à long terme des investisseurs en quête d’opportunités de placement productif, ce qui renforce la position extérieure du pays et, toutes choses égales par ailleurs, contribue à l’accroissement de ses réserves de devises. Dans un tel scénario, les taux d’intérêt du pays ont tendance à monter, soit parce que la croissance attise l’inflation, soit parce que la banque centrale adopte une politique monétaire plus offensive. La hausse des taux d’intérêt renforce le pouvoir d’attraction du pays aux yeux des étrangers et les investisseurs peuvent entrer sur le marché obligataire à la recherche de portage.

Parmi les facteurs secondaires qui affectent les devises, il y a certaines considérations techniques telles que les conditions des échanges commerciaux, la volatilité et le positionnement des investisseurs. Même si, selon notre expérience, il convient de considérer ces facteurs plus comme des indicateurs contemporains que comme des indicateurs avancés, il n’en reste pas moins que les données peuvent afficher une certaine autocorrélation ou révéler une tendance forte, sauf aux extrêmes.

Graphique 1 : Le US dollar index (DXY) s’est fortement renforcé depuis 2001 ; à notre avis, les conditions qui ont provoqué le rallye se sont nettement dissipées (le graphique montre l’évolution du US dollar index pour la période allant de 1980 au 01/12/16).

marché cyclique des devises

Source : BNP Paribas Asset Management, Bloomberg, 05/04/17

Or, nous pensons qu’actuellement les marchés des devises se trouvent justement dans l’une de ces positions extrêmes. Suite à la hausse amorcée en 2011, la valeur du dollar américain pondérée par les échanges commerciaux a augmenté de 30 % selon certaines estimations. Les devises des marchés émergents ont, pour leur part, perdu plus de 40 % de leur valeur nominale par rapport à leur point haut de 2011 et le taux de change effectif réel d’un panier de devises des marchés émergents se situe désormais environ 10 % au-dessous du taux moyen à long terme.

Graphique 2 : Après une séparation des chemins à partir de 2011, nous estimons qu’un rallye des devises émergentes par rapport au dollar US est possible (le graphique montre l’évolution du taux de change effectif pour le dollar US et un panier de devises des marchés émergents pour la période allant de décembre 2000 à décembre 2016)

marché cyclique des devises

Source : BNP Paribas Asset Management, Bloomberg, 28/02/17

La croissance joue, elle aussi, en faveur des marchés émergents. Les premiers signes précurseurs sont apparus dans les statistiques des marchés émergents à la fin de l’été dernier et, depuis lors, la croissance est arrivée à pleine maturité dans de nombreux pays. La production industrielle est également bien orientée sur tous les marchés émergents et les données chiffrées concernant les exportations et la consommation indiquent une solide reprise sur l’ensemble de ces marchés. Les conditions ayant conduit à l’appréciation du dollar américain de 2011 à 2016 se sont dissipées aujourd’hui : les États-Unis n’affichent plus une croissance plus rapide que celle des marchés émergents, la volatilité des devises s’est estompée et les conditions des échanges commerciaux (c’est-à-dire, pour la plupart des marchés émergents, les prix des matières premières) sont désormais des conditions de sortie de crise.

Considérant que les devises des marchés émergents avaient touché le fond, nous avons adopté des positions résolument longues sur notre exposition aux devises au cours de la plus grande partie des six derniers mois. Nous avons récemment mis un frein à ce positionnement en raison de forts mouvements sur les marchés des devises, à la suite de la dernière réunion du Comité fédéral de l’open market (FOMC). Nous envisageons cependant de renouveler nos positions à la prochaine correction des valorisations.

Nous recommandons aux investisseurs d’en faire autant et de profiter des opportunités qui ne manqueront pas de se présenter au cours des prochains mois pour renforcer leur exposition.

Les devises passeront toujours par des hauts et des bas mais nous sommes désormais en mesure d’affirmer avec conviction que la balance penche enfin du côté des marchés émergents.


Publié le 7 avril 2017

La valeur des investissements et les revenus qu’ils génèrent peuvent enregistrer des hausses comme des baisses et il se peut que les investisseurs ne récupèrent pas leur investissement initial.

Investir dans les marchés émergents ou dans des segments de marché spécialisés ou restreints peut présenter une volatilité supérieure à la moyenne en raison de la forte concentration de leurs positions, d’un degré d’incertitude plus élevé reflétant le manque d’informations disponibles, de leur liquidité plus faible ou de leur sensibilité plus élevée à l’évolution des conditions de marché, celles-ci étant influencées par la situation sociale, politique et économique.

Certains marchés émergents offrent moins de sécurité que la plupart des marchés développés internationaux. Par conséquent, les services de transaction, de liquidation et de conservation du portefeuille utilisés pour le compte des fonds peuvent comporter un risque plus élevé.

L. Bryan Carter

Head of Emerging Markets Fixed Income

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