Croissance Chinoise : Stabilisation en perspective

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Les autorités monétaires chinoises marchent sur la corde raide : doivent-elles procéder à un nouvel assouplissement pour favoriser la reprise naissante ou décideront-elles de soumettre le marché immobilier à une politique restrictive et d’empêcher la reprise de se généraliser à l’ensemble de l’économie ?


Les données du PIB chinois pour le deuxième trimestre font apparaître des signes précurseurs de reprise économique et un redressement du PIB nominal.

Un taux de croissance de 6,2 % en glissement annuel (g.a.) en 2019 en année pleine devrait être réalisable, à mon avis, à condition que de nouvelles mesures de relance soient prises.

Alors qu’une nouvelle détente s’impose, Pékin semble toujours résolu à limiter la croissance de la dette en menant une politique du marché de l’immobilier prudente. Si cette orientation politique est structurellement bénéfique à l’économie et au marché chinois, elle fait naitre le risque que le resserrement soit opéré trop tôt, ce qui pourrait causer de graves dégâts dans l’économie.

La Banque Populaire de Chine (BPC) s’emploie à contrebalancer ce risque en conservant un biais accommodant.

Je pense que l’on peut s’attendre à un nouvel abaissement du taux des réserves obligatoires bancaires et des taux des facilités de prêts, mais non des taux directeurs, au second semestre 2019.

Il s’ensuivrait une pression à la baisse sur les rendements obligataires chinois et les spreads des entreprises chinoises au cours des prochains mois. Ce contexte macroéconomique favorable devrait également bénéficier aux actions chinoises, mais les incertitudes liées à la guerre commerciale et le sentiment que l’économie est fragile rendront les marchés volatils et contraindront les actions chinoises à rester dans leur fourchette de négociation, en dépit des entrées de capitaux étrangers que devrait susciter l’inclusion d’actifs chinois dans les indices internationaux de référence.

Des signes de reprise

L’économie chinoise a terminé le deuxième trimestre sur une note positive, plusieurs grands indicateurs macroéconomiques se redressant en juin par rapport à leurs faibles niveaux d’avril et de mai (tableau 1) :

Exhibit 1 : Des signes de reprise économique

CROISSANCE CHINOISE : STABILISATION EN PERSPECTIVE, RISQUE EQUILIBRE

La croissance du PIB réel est tombée à 6,2 % en g.a. au deuxième trimestre 2019, contre 6,4 % au premier trimestre. Même si la croissance se stabilise entre 6,0 % et 6,2 % en g.a. au second semestre 2019, la Chine réalisera un taux de croissance de 6,2 % en année pleine, comme nous le prévoyons. Si le risque de ralentissement de la croissance s’accentue contre toute attente, Pékin réagira probablement en renforçant ses mesures d’assouplissement.

La croissance nominale du PIB est remontée à 8,3 % en g.a., contre 7,8 % en g.a. au premier trimestre 2019, mais cela n’est pas le signe d’une solide reprise de la demande ni d’une augmentation du pouvoir de fixation des prix des entreprises. Cette remontée s’explique par la hausse des prix résultant de l’envolée du prix du porc (attribuable à la grippe porcine en Afrique) et par le bond des prix du minerai de fer (attribuable au grave accident survenu au Brésil, qui a entraîné la fermeture de mines). Ce sont des chocs ponctuels qui ne sauraient soutenir la croissance nominale sur le long terme.

Le principal moteur de la croissance

Le secteur immobilier a été le principal moteur de la croissance au deuxième trimestre 2019, la construction et la mise en chantier de logements résistant étonnamment bien (graphique 1), avec en moyenne 9,0 % et 11,0 % en g.a., respectivement. En 2019, la correction du marché immobilier a été faible jusqu’à présent, la baisse des ventes s’étant réduite à -2,2 % en g.a. en juin, contre -5,5 % en g.a. en mai.

Exhibit 2 : Construction et mises en chantier de logements

CROISSANCE CHINOISE : STABILISATION EN PERSPECTIVE, RISQUE EQUILIBRE

Situation générale

Les signes de reprise observés signifient seulement que l’économie commence à se stabiliser, non que la croissance est robuste.

Le dynamisme du secteur de la construction a soutenu le secteur des métaux et le secteur minier (graphique 2), ce qui a dopé la croissance globale, mais de nombreux autres secteurs n’ont pas fait preuve d’autant de vigueur.

L’accroissement de l’investissement en capital fixe en juin est attribuable principalement à l’immobilier. L’investissement dans les infrastructures a augmenté en juin, mais est demeuré relativement faible en comparaison historique. Les fabricants sont restés frileux en raison des incertitudes commerciales et de leur impact sur le secteur intérieur.

Exhibit 3 : Évolution de la production minière et de métaux

CROISSANCE CHINOISE : STABILISATION EN PERSPECTIVE, RISQUE EQUILIBRE

Maîtriser la dette

Il est à noter qu’en dépit des premiers signes de stabilisation économique, Pékin continue de durcir sa politique du logement. Le gouvernement chinois a sabré les subventions, intimé aux autorités locales de lutter contre l’inflation des prix immobiliers et réduit l’accès des promoteurs aux financements via les prêts pour compte de tiers et la vente d’obligations offshore.

Certes, ces décisions ont été prises sur fond d’augmentation des emprunts hypothécaires (18 % en GA) et des prix des logements, mais comme le secteur immobilier est l’un des plus endettés, la politique de l’immobilier prudente menée reflète la volonté de Pékin de maîtriser la croissance de la dette. C’est structurellement bénéfique pour le système chinois.

Perspectives

La voie de l’assouplissement modéré choisie par Pékin fait naitre le risque que le resserrement soit opéré trop tôt et étouffe la reprise économique naissante.

Pour pallier ce risque, la BPC devrait continuer à faire preuve de sélectivité dans sa politique d’assouplissement.

Un éventuel assouplissement de la part de la Réserve fédérale américaine offrirait en outre aux autorités chinoises la possibilité de procéder à une nouvelle détente en réduisant le taux des réserves obligatoires et certains taux assimilables à des taux directeurs, comme le taux des prises en pension, le taux des facilités de prêt à moyen terme et le taux des facilités de prêt permanentes.

Pékin s’attache toujours à ne pas opérer un assouplissement général de crainte qu’un afflux supplémentaire de capitaux dans le secteur immobilier ne crée une bulle immobilière.

Par conséquent, le volume total des crédits devrait s’accroître encore au second semestre 2019 pour soutenir la croissance, mais le secteur de l’immobilier ne fera sans doute pas l’objet de nouvelles mesures de relance à moins qu’il – ou l’ensemble de l’économie – n’ait besoin d’être secouru.

 


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Chi Lo

Senior Economist for China

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