Qui parie que le renminbi s’appréciera en 2019 ?

Post with image

Le renminbi a perdu 5,71 % par rapport au dollar américain en 2018, en raison des inquiétudes liées au ralentissement de la croissance intérieure chinoise sous le poids de la réduction de la dette intérieure, du conflit commercial avec les États-Unis et de la réduction de l’excédent du compte courant (estimé à seulement 0,8 % du PIB pour l’année complète en 2018). Les marchés financiers ont un avis principalement baissier sur le renminbi, de nombreux acteurs estimant qu’il s’affaiblira probablement au-delà de sept pour un dollar en 2019.

Qu’est-ce qui explique alors que je fasse encore le pari d’une appréciation du renminbi ? Je pense que le marché fait preuve d’un excès de pessimisme concernant la situation de la balance des paiements chinoise, sous-estimant les entrées du compte financier et surestimant les risques de sortie de capitaux.

La dynamique des flux de capitaux

Le soutien apporté par le compte courant au renminbi a diminué avec la réduction de son excédent. Les flux d’investissement direct étranger (IDE) ont eux aussi chuté. Par conséquent, l’excédent de la balance de base est désormais estimé à moins de 1 % du PIB (fig. 1) et de nombreux intervenants tablent sur un déficit de la balance courante pour l’année 2019.

Le solde extérieur de la Chine pourrait cependant ne pas être autant en danger que cela.

  • En premier lieu, le pays a accéléré le processus d’ouverture de ses marchés à l’investissement étranger et s’est engagé à améliorer son comportement sur des points de discorde structurels, tels que la protection de la production industrielle ou les transferts de technologie forcés.[1] Associées à un contrôle des capitaux qui reste strict, ces mesures pourraient stimuler les entrées nettes d’IDE.
  • En second lieu, le ralentissement de l’économie freinera les importations chinoises et l’augmentation du déficit commercial chinois dans les services en raison de la réduction du tourisme à l’étranger. En parallèle, la Chine a diversifié ses exportations vers d’autres pays que les États-Unis, en direction notamment des pays de l’Initiative « Belt & Road » (fig. 2). La croissance des exportations pourrait ainsi ne pas chuter en 2019, ou tout au moins, ne pas se réduire autant que le marché s’y attend dans le contexte du conflit commercial sino-américain. Ces facteurs devraient contribuer à limiter l’érosion de la balance courante et des excédents de base, voire même à l’inverser.[2]

Qui parie que le renminbi s’appréciera en 2019 ?

Qui parie que le renminbi s’appréciera en 2019 ?

Je pense que l’incidence des sorties de capitaux a été exagérée. Après neutralisation des effets de change, les sorties de capitaux hors IDE,[3] qui représentent les sorties de capitaux spéculatifs ou illégaux, se sont en réalité récemment réduites au lieu de s’aggraver, comme le montrent les chiffres non corrigés (fig. 3). Elles ont atteint 156 milliards de dollars en 2017 contre 597 milliards de dollars en 2016 lorsque les sorties de capitaux s’étaient multipliées.

En bref, le compte courant et les flux d’IDE ne constituent pas un soutien aussi important qu’avant pour le renminbi, mais la dynamique des flux pourrait s’avérer plus favorable que ne le prévoit le consensus.

Qui parie que le renminbi s’appréciera en 2019 ?

La question cruciale porte par conséquent sur les flux du compte financier, qui dépendent en grande partie du sentiment de marché à l’égard de la Chine. L’impact de la politique d’assouplissement de Pékin sur le sentiment de marché a commencé à se manifester dans la récente remontée du taux de change CNY/USD et la baisse des rendements obligataires chinois. Ces derniers reflètent le changement d’humeur du marché, qui est passé de l’inquiétude quant aux défauts de paiement (qui avait fait monter les rendements) à la satisfaction vis-à-vis de la désinflation (qui a récemment fait baisser ces mêmes rendements).

Il est quasiment certain que la décision par certains fournisseurs d’indices internationaux en actions et en obligations d’ajouter les actifs chinois à leurs indices « marchés émergents »[4] aura un effet favorable sur le sentiment, stimulant les flux d’investissements de portefeuille vers la Chine et donc le renminbi. Ces flux peuvent avoir une incidence importante sur le taux de change. Ils représentaient plus de 90 % de l’excédent du compte financier de la Chine au 1er semestre 2018 et ont contribué à la fermeté du renminbi face au dollar malgré le déficit du compte courant chinois au 1er trimestre 2018 et la montée des tensions commerciales sino-américaines (fig. 4 et 5).

Les allocations d’actifs des responsables des réserves de change mondiales viennent s’ajouter aux flux du secteur privé. La part du renminbi dans les réserves de change mondiales a doublé depuis 2016, passant de 1 à 2 % et dépassant maintenant celle du dollar australien et du franc suisse (fig. 6 et 7). Si les responsables des réserves de change mondiales augmentaient leurs actifs en renminbis de 0,5 pp par an en moyenne, ils feraient entrer 40 milliards de dollars sur le marché obligataire intérieur de la Chine.

Qui parie que le renminbi s’appréciera en 2019 ?

Qui parie que le renminbi s’appréciera en 2019 ?

Qui parie que le renminbi s’appréciera en 2019 ?

Qui parie que le renminbi s’appréciera en 2019 ?

Enfin, l’apaisement des tensions commerciales sino-américaines, qui semble de plus en plus probable pour 2019, contribuera très certainement à améliorer le sentiment à l’égard du renminbi et à stimuler les flux du compte financier en direction de la Chine. Si le dollar s’affaiblit, comme le prévoient maintenant un nombre croissant d’intervenants en raison d’un changement possible de la politique de taux de la Fed, cela aura également un effet favorable sur le renminbi. Je suis convaincu par conséquent qu’il y a de bonnes chances que le renminbi s’apprécie cette année face au dollar, d’environ 3,5 % en base annuelle selon mes estimations.

 Pour lire plus d’articles de Chi Lo, cliquez ici >


[1] Voir « Négociations commerciales sino-américaines : avec l’apaisement des tensions, la trêve pourrait se prolonger au-delà du mois de mars», 16 janvier 2019 et

« Conflit commercial sino-américain : une trêve temporaire mais les risques ont changé», 4 décembre 2018.

[2] Une étude de marché estime qu’une augmentation de 50 pb du taux de croissance du PIB de la Chine réduirait le solde de son compte courant de 1,5 %. Voir « Global Macro Strategy: Asia FX 10 Questions for 2019 », UBS, 5 décembre 2018, p. 6), ce qui laisse à penser qu’un ralentissement de la croissance chinoise renforcerait l’excédent de la balance courante.

[3] Estimés en soustrayant le solde du compte courant chinois et les flux nets d’IDE de la variation des réserves de change.

[4] MSCI envisage d’augmenter la pondération des actions chinoises de catégorie A dans son indice « marchés émergents » pour la porter à 20 % au lieu de 5 % actuellement et devrait prendre une décision d’ici la fin du mois de février ou le début du mois de mars de cette année. FTSE Russell a également annoncé en septembre qu’il intègrerait 1 200 valeurs de catégorie A à son indice FTSE Emerging en trois étapes à partir de juin 2019, faisant entrer plus de 50 milliards de dollars de flux passifs sur le marché des actions de type A en 2019. En ce qui concerne les obligations, Bloomberg/Barclays s’apprête à intégrer l’ensemble des obligations souveraines et gouvernementales de la Chine à son indice Aggregate Bond en l’espace de 20 mois à compter d’avril 2019. Cela devrait faire entrer 110 milliards de dollars de capitaux supplémentaires. Citi WGBI et JPM GBI-EM ont également manifesté leur intention d’intégrer les obligations chinoises à leurs indices en fin d’année ou début 2020, ce qui amènerait une moyenne de 80 milliards de dollars par an entre 2019 et 2020, selon des estimations de marché.


La valeur des investissements et les revenus qu’ils génèrent peuvent enregistrer des hausses comme des baisses et il se peut que les investisseurs ne récupèrent pas leur investissement initial.

Investir dans les marchés émergents ou dans des segments de marché spécialisés ou restreints peut présenter une volatilité supérieure à la moyenne en raison de la forte concentration de leurs positions, d’un degré d’incertitude plus élevé reflétant le manque d’informations disponibles, de leur liquidité plus faible ou de leur sensibilité plus grande à l’évolution du contexte de marché (social, politique et économique).

Certains marchés émergents offrent moins de sécurité que la plupart des marchés développés internationaux. Par conséquent, les services de transaction, de liquidation et de conservation du portefeuille utilisés pour le compte de fonds investis dans les marchés émergents peuvent comporter un risque plus élevé.

 

Chi Lo

Senior Economist for China

Laisser un commentaire

Your email adress will not be published. Required fields are marked*