Graphique de la semaine – Refuge dans les paradis ?

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La première quinzaine d’août a vu se succéder des séances de baisse et de hausse importantes des marchés actions. Ces évolutions trouvent leurs origines dans la montée en puissance d’un scénario de récession mondiale alimenté par divers événements. Sans partager cette hypothèse, il faut comprendre comment elle a pu se construire.

  • On parle de plus en plus de récession, mais on ne devrait pas en arriver là
  • Beaucoup de questions non résolues : ralentissement économiques, surprises politiques
  • Les banques centrales vont-elles prolonger le cycle d’assouplissement monétaire ?
  • Envisagez l’investissement tactique

Des données mauvaises et une aggravation du risque politique

D’un point de vue macroéconomique, plusieurs grandes économies européennes ont déçu, notamment l’Allemagne et le Royaume-Uni avec une contraction du PIB au deuxième trimestre dans les deux cas. Les données provenant de Chine, deuxième économie mondiale, qui montrent un ralentissement de la production industrielle et des ventes au détail en juillet, ont alimenté les inquiétudes. Compte tenu des risques qui pèsent sur le commerce international, les données rassurantes sur la demande intérieure aux Etats-Unis, à savoir un rebond des ventes au détail et un marché du travail toujours solide, n’ont pas réussi à rassurer les marchés ébranlés par la possibilité d’une guerre des monnaies qui commencerait par le renminbi chinois et le dollar américain.

L’intensification de la perception du risque politique met de l’huile sur le feu : Le débat national sur le Brexit revient en force sans aucune résolution en vue, tandis qu’en Italie une rupture entre les partenaires de la coalition a fait chuter le gouvernement et ouvre la porte à des élections législatives anticipées. Dans le même temps, les vues des États-Unis et de l’Europe divergent sur l’Iran, de même que celles des États-Unis et de la Chine sur le commerce. La diffusion de politiques protectionnistes assombrit les perspectives de l’économie mondiale en faisant pression sur les banques centrales pour qu’elles s’engagent dans une politique (renouvelée) en faveur de la croissance et de l’inflation.

À l’échelle internationale, le FMI a qualifié la croissance mondiale de « languissante », évoquant les cycles de négociations douanières sino-américaines sur les importations, les menaces que les sanctions américaines potentielles pourraient faire peser sur les chaînes d’approvisionnement en matière de nouvelles technologies, les incertitudes liées au Brexit et l’impact inquiétant de la montée des tensions géopolitiques sur les prix de l’énergie. Ses perspectives économiques mondiales sont passées d’une « croissance généralisée » avec des « surprises favorables significatives » à une « croissance morose ». Où se mettre à l’abri ?

Illustration 1 : Les matières premières liées au cycle économique, comme le pétrole et le cuivre, ont cédé du terrain face aux craintes d’un ralentissement marqué ; les valeurs refuges telles que le dollar américain et l’or en ont bénéficié (Données arrêtées au 20 août)

Illustration 1 : Les matières premières liées au cycle économique, comme le pétrole et le cuivre, ont cédé du terrain face aux craintes d’un ralentissement marqué ; les valeurs refuges telles que le dollar américain et l'or en ont bénéficié (Données arrêtées au 20 août)

Source : Bloomberg, BNPP AM ; août 2019

Une incertitude inquiétante

Plutôt que de se concentrer sur des risques clairement identifiés pour le commerce mondial, nous pensons que les débats devraient porter sur l’incertitude croissante. Les États-Unis ont annoncé des droits de douane supplémentaires sur les produits chinois épargnés jusqu’à présent, pour finalement retarder l’application de certains d’entre eux afin de ne pas pénaliser les consommateurs américains. En outre, le dialogue sino-américain sur un accord commercial semble évoluer par à-coups. Chacune des parties laisse pourtant entendre que le dialogue n’est pas rompu entre les négociateurs et les actions évoluent au gré de ces nouvelles, souvent imprécises.

Tandis que les débats sur une éventuelle « guerre des monnaies » se sont rapidement intensifiés lorsque la parité USD/RMB est passée au-dessus du seuil psychologique significatif de 7, le fait que le Trésor américain ait qualifié la Chine de « manipulateur de devises » n’a pas eu d’effets durables. Il semble que cette bataille se soit pour l’instant arrêtée même si le Président Trump en a profité pour renouveler ses critiques à l’encontre de la Réserve fédérale (Fed) qui avec « ses taux d’intérêt élevés garde le dollar haut ». Donald Trump a également accusé le président de la Réserve fédérale d’un « épouvantable manque de vision ».

Fuite vers les marchés obligataires et autres valeurs refuges

De telles critiques sournoises déconcertent encore plus les investisseurs déjà nerveux qui ont choisi d’abandonner les actifs risqués et de se replier sur les valeurs refuges traditionnelles comme le dollar américain, le yen, l’or et les emprunts d’État. L’inversion des courbes de taux qui en résulte est un autre signal d’alarme qui s’ajoute à ceux déclenchés par les mesures populistes et protectionnistes et par les tentatives des dirigeants de certains pays d’interférer avec la politique des banques centrales. L’inversion de la courbe des taux est considérée comme le signe d’une récession imminente.

De quelle marge de manœuvre disposent les banques centrales ? Dans les économies émergentes, au moins sept banques centrales ont baissé leurs taux directeurs depuis juillet. C’est aussi le cas de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie. Signal fort s’il en est, la Fed a baissé son taux directeur de 25 pb le 31 juillet. Toutefois le discours qui a accompagné cette décision n’a pas été jugé assez accommodant par les observateurs et n’a pas suffi à pleinement les rassurer.

Tous les regards sont désormais tournés vers un assouplissement attendu – approprié – de la politique monétaire par la BCE en septembre. Auparavant, les marchés suivront de près le colloque de Jackson Hole du 22 au 24 août. Les banquiers centraux se retrouvent dans le Wyoming pour réfléchir cette année aux « défis pour la politique monétaire ». Vaste programme !

Et qu’en est-il de l’investissement ?

Que peuvent (doivent ?) faire les investisseurs face à cette accumulation d’éléments perturbants ? Rester sur la touche ? Espérer que les banques centrales viennent à la rescousse même si leur marge de manœuvre sur les taux d’intérêt est limitée et même si la relance par le biais de l’assouplissement quantitatif (QE) pousserait les rendements obligataires encore plus bas?

Compte tenu de la longue liste de questions non résolues évoquées ci-dessus, du sentiment d’imprévisibilité alors que les sentiers balisés (en politique et dans les relations internationales) sont abandonnés et des craintes que ces situations perdurent, l’incertitude semble être la nouvelle constante pour les marchés et les investisseurs.

L’opportunisme et le pragmatisme pourraient devoir prendre le relais de la recherche de rendement par les investisseurs. Dans ca cadre, l’exposition tactique serait l’approche à privilégier pour obtenir des résultats à court terme puisque c’est bien une vision de court terme qui semble animer les dirigeants de nombreuses économies. Pour prendre des positions plus stratégiques, il faudra s’appuyer sur de fortes convictions et des nerfs solides. La fortune sourira-t-elle aux audacieux ?


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Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur à la date de publication. Elles émanent des informations disponibles et sont susceptibles de changer sans préavis. Les équipes de gestion peuvent avoir des opinions différentes et prendre des décisions d’investissement autres en fonction des clients.

 

Nathalie Benatia

Macroeconomic Content Manager

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