Graphique de la semaine – Un simple incident de parcours ?

Post with image

Les marchés sont-ils sur le point de replonger comme au quatrième trimestre 2018, en raison des craintes pour la croissance, des préoccupations géopolitiques et monétaires, du recul récent des chiffres de l’emploi aux États-Unis et de la tolérance de la BCE ? Ou bien le contexte général de marché reste-t-il favorable aux actifs risqués malgré les sursauts de volatilité ?

  • Les statistiques de l’emploi hors agriculture aux États-Unis sont étonnamment faibles, mais la moyenne plurimensuelle reste solide
  • L’essoufflement des bourses a des raisons précises
  • Les investisseurs semblent rester optimistes

La semaine dernière, les actions ont trébuché, les taux des obligations d’État ont fléchi et les spreads des obligations émergentes se sont élargis en raison d’une résurgence des craintes pour la croissance mondiale. De son côté, la Banque centrale européenne a annoncé une nouvelle injection de liquidités, publié des prévisions de croissance moins ambitieuses et signalé un report de sa normalisation monétaire. L’affaiblissement des derniers chiffres de l’emploi aux États-Unis, la détérioration du commerce en Chine et les signes de retard dans la conclusion d’un accord entre la Chine et les États-Unis ont encore accentué la nervosité des investisseurs. En séparant le bon grain de l’ivraie et en veillant à avoir une perspective plus large, faut-il être pessimiste et se préparer à une nouvelle correction ?

Graphique 1 : Les taux du Bund se replient, mais l’or continue de briller

Source : FactSet, BNP Paribas Asset Management; données au 8 mars 2019

Tandis que les dernières déclarations de la BCE ont fait plier le taux du Bund, inversant la tendance à la baisse des prix observée il y a une semaine, l’or a dans l’ensemble bien résisté. Ces mouvements montrent l’indécision des investisseurs entre l’appétit et l’aversion pour le risque, vers laquelle ils s’orienteraient s’ils avaient des craintes envers la croissance mondiale et une éventuelle escalade des tensions sino-américaines.

En d’autres termes, nous ne pensons pas que les récents mouvements du marché soient le signe d’un revirement. Nous estimons plutôt que les marchés ont péché par excès d’optimisme à propos des chances d’un accord commercial entre la Chine et les États-Unis. Leur récent écueil reflète donc leur anticipation d’une résolution plus tardive de ce dossier. Il ressort de l’analyse des marchés mondiaux que les progrès modestes en vue d’un accord ont surtout affecté les marchés liés à la Chine, en particulier le secteur technologique aux États-Unis et au Japon, dont l’économie dépend du commerce avec la Chine. En termes relatifs, l’Europe a surperformé, ce qui souligne le caractère local des catalyseurs de marché.

Les marchés chinois ont aussi clairement souffert, plongeant à la publication de chiffres commerciaux bien pires que prévu, notamment au niveau des exportations. Nous ne pensons pas que ces chiffres traduisent une chute de la demande mondiale, mais plutôt un repli exacerbé par la célébration du Nouvel An chinois. La réaction des marchés est en effet peut-être excessive. Néanmoins, l’impact des tarifs douaniers sur les exportations chinoises vers les États-Unis est clairement visible : les taux de croissance en glissement annuel sont devenus négatifs.

Une hausse modeste inattendue des emplois hors agriculture aux États-Unis a aussi créé la surprise récemment. Avant de paniquer à la vue des données mensuelles, un coup d’œil aux données moyennes sur trois mois montre que les créations d’emplois restent robustes. En outre, le faible nombre de nouveaux emplois pourrait aussi être le signe d’un manque de main-d’œuvre et non d’un recul de la demande de travailleurs en raison d’un ralentissement économique. Les pressions salariales à la hausse démontrent d’ailleurs la volonté des employeurs à s’engager. Combinées à un faible taux de chômage, les perspectives semblent favorables à la consommation, pilier majeur de la croissance du PIB américain.

Dans l’ensemble, nous ne pensons pas qu’une correction similaire à celle de fin 2018 soit à l’ordre du jour. Les perspectives économiques demeurent – modestement – positives, les taux d’intérêt restent bas, la croissance est satisfaisante et l’inflation contenue. Le maintien de taux bas plus longtemps que prévu en Europe et l’environnement favorable à la consommation américaine contribuent aussi à un climat propice aux actifs risqués. La récente secousse des marchés n’était, selon nous, qu’un incident de parcours et non un réel revirement.


Pour lire plus d’articles de Daniel Morris, cliquez ici >

Pour plus de graphiques de la semaine, cliquez ici >

Daniel Morris

Senior investment strategist, CFA charterholder

Laisser un commentaire

Your email adress will not be published. Required fields are marked*