Le graphique de la semaine : taux planchers, quand l’exception devient la règle

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Le graphique de cette semaine est tiré du 85e rapport annuel de la Banque des règlements internationaux (BRI), en quelque sorte la banque centrale des banques centrales.

Dans ce rapport, la BRI examine la « situation exceptionnelle » que connaissent les taux d’intérêt mondiaux. Vous avez probablement déjà vu les données, mais les observations effectuées par la BRI méritent qu’on s’y attarde :

Les taux d’intérêt n’ont jamais été aussi bas pendant si longtemps, tant en termes nominaux que réels (corrigés de l’inflation). La faiblesse des rendements obligataires est sans précédent.

Les taux directeurs sont même encore plus bas, en termes nominaux et réels, qu’au plus fort de la grande crise financière.

Les taux d’intérêt réels évoluent en territoire négatif depuis plus longtemps que lors de la grande inflation des années 1970.

– Cette situation est exceptionnelle, et pourtant on ne voit pas encore le bout du tunnel. « Il se passe quelque chose de réellement inquiétant », dit la BRI, «l »exception pourrait devenir la règle. »

french chart of the week

La BRI enchaîne en confirmant qu’elle trouve que les politiques monétaires :

(i) ont pris à leur compte une part beaucoup trop importante du fardeau pour relancer la production ;

(ii) n’ont pas pu empêcher les déséquilibres financiers pernicieux de se former et de fragiliser les économies en sapant la production, ce qui a débouché sur une allocation déséquilibrée des ressources entre les différents secteurs et dans le temps.

Selon la BRI, l’existence de taux planchers pendant une période aussi longue ne signifie pas nécessairement que ceux-ci constituent un point d’équilibre propice à une expansion mondiale pérenne et équilibrée.

En d’autres termes, la BRI ne souscrit pas à la théorie dite de la « stagnation séculaire ». Plutôt que d’être une fonction de la morosité économique actuelle, la BRI estime que les taux bas en sont une des causes pour avoir alimenté des cycles d’expansion et de ralentissement financier qui ont coûté cher. Résultat : une spirale négative d’un endettement trop élevé, d’une croissance trop faible et de taux d’intérêt trop bas. En résumé, comme le dit la BRI : « Des taux faibles engendrent des taux faibles. »

La BRI conseille donc aux banques centrales de prendre davantage en compte les risques d’une normalisation trop tardive et graduelle de la politique monétaire. D’après la BRI, les gouvernements des pays développés devraient faire davantage pour entreprendre des reformes structurelles au lieu de laisser la responsabilité de la gestion de la reprise économique aux autorités monétaires.

Andrew C. Craig

Head of Financial Market Analysis & Publications

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