Graphique de la semaine – les actions reproduiraient 2015/16 avec l’aide de la Fed?

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  • L’indice S&P 500 américain met en évidence d’éventuelles similitudes après la forte correction
  • Perspectives de croissance : plus prometteuses aux États-Unis que dans la zone euro
  • Les derniers rapports de résultats des entreprises semblent solides aux États-Unis, mais déçoivent dans la zone euro
  • Les incertitudes se multiplient…et feraient obstacle à un rebond durable ?

Le plongeon brutal des actions américaines au moment de la correction des marchés de décembre 2018 rappellerait à certains le scénario des années 2015-16, lorsque les actions ont enregistré une chute similaire qui a marqué le début d’une reprise en forme de V (cf. graphique 1). Les similitudes ne s’arrêtent toutefois pas là. Nous sommes à nouveau inquiets des perspectives de la Chine, tandis que le plongeon des prix pétroliers a été interprété comme un signe de ralentissement mondial généralisé de la croissance.

Les investisseurs peuvent-ils considérer que ce qui s’est passé en 2015-2016 puisse être un modèle prévisionnel utile en termes de reprise aujourd’hui, notamment vu la pause, voire l’interruption, signalée par la Réserve fédérale américaine dans son cycle de hausse des taux d’intérêt ?

Les actions ont gagné 27 % dans les 12 mois qui ont suivi leur creux de 2016. Depuis le plus bas de décembre, le rebond le plus récent atteint 16 %. Faut-il y voir un potentiel haussier de 10-11 % supplémentaires?

Graphique de la semaine – Avec un nouveau soutien de la Fed, les actions reproduiraient-elles le scénario de 2015-16 ?

Des similitudes ou juste des disparités ?

Pour pouvoir évaluer le potentiel de reprise, il faut à la fois tenir compte des différences et des similitudes entre le marché et le contexte macroéconomique de 2015-2016 et ceux de 2018-2019.

Le plus frappant est de constater que les taux d’intérêt américains à court et à long terme sont actuellement tous deux supérieurs aux niveaux de 2016. Le marché a déjà prévu que l’économie américaine serait robuste, avec des taux de croissance largement supérieurs à ceux des autres économies développées. Par ailleurs, la banque centrale américaine persistait, du moins jusqu’à récemment, dans la normalisation de sa politique monétaire, tandis que la croissance était solide et que le marché du travail battait les records. La croissance économique et l’excellente tenue de l’emploi ont tous deux soutenu les actions.

À titre de comparaison, la différence entre les taux allemands à deux et dix ans de 2019 et ceux de 2016 est minime, ce qui reflète la reprise fragile de l’économie allemande, et donc de la zone euro, tandis que la banque centrale aimerait durcir sa politique, mais n’y parvient pas au regard des incertitudes ambiantes, dont la faiblesse de l’inflation et des exportations. Ainsi, le rebond des actions de la zone euro depuis le début de l’année est inférieur à celui de leurs consoeurs américaines.

Exclure ce que les cours anticipent

Alors que la Fed est en avance sur la BCE en termes de normalisation monétaire, en d’autres termes, qu’elle ramène ses taux d’intérêt à un niveau plus approprié au stade actuel de reprise économique, il s’avère à présent qu’elle a décidé soit que les risques pour la croissance étaient tels qu’il valait mieux suspendre la normalisation, soit que l’inflation risquait de rester tellement faible que de nouvelles hausses de taux étaient inutiles pour l’instant. Cette décision a surpris les marchés : même si les marchés des contrats à terme sur les Fed Funds doutaient de l’ampleur des relèvements de taux annoncés par la Fed, ils n’avaient pas prévu qu’elle changerait si vite d’avis.

Compte tenu de la pause dans le cycle de durcissement de la Fed, la décote liée à de nouvelles hausses des taux d’intérêt peut être à présent exclue des cours boursiers, ce qui crée un potentiel haussier pour les actions américaines. Il convient aussi de noter que, même si les taux d’intérêt américains augmentaient encore, leur effet sur les résultats des entreprises serait limité. En effet, il est prévu que les entreprises américaines allègent leur endettement, de sorte que la charge de leur dette, soit le montant des intérêts qu’elles versent pour leurs emprunts, se stabilise même si les taux d’intérêt augmentent. En d’autres termes, l’endettement des entreprises ne constituerait pas un risque évident pour les perspectives des actions américaines.

Toutefois, les prévisions de croissance de l’économie américaine n’avaient-elles pas été revues à la baisse récemment ? Certes, mais seulement légèrement, et les perspectives de la zone euro apparaissent encore mois roses. Le rebond des actions américaines depuis la correction de fin 2018 a entre autres fait suite aux publications de résultats solides pour 2018 et à une tendance bénéficiaire sous-jacente qui semble toujours solide. À noter cependant que les entreprises avancent des perspectives prudentes pour le reste de l’année et se montrent plus pessimistes que d’habitude. Dans la zone euro, les rapports révèlent que l’amélioration des ventes observée en 2018 ne s’est malheureusement pas répercutée dans la croissance bénéficiaire globale.

La répétition du scénario de 2015-2016 remise en cause

En résumé, nous considérons toute similitude entre les années 2015-16 et 2018-19 comme trompeuse : maintenant comme alors, les marchés se sont inquiétés des perspectives de la croissance économique vigoureuse de la Chine et de la chute des prix pétroliers. Cependant, il existe aussi plusieurs différences, comme les perspectives de croissance globales, dont les craintes d’une récession dans certains pays, et le niveau des taux d’intérêt.

D’autres incertitudes concernent la probabilité d’un accord commercial entre les États-Unis et la Chine, les perspectives d’inflation dans un contexte de productivité et de croissance modestes, la pérennité des mesures de relance économique en Chine, ainsi que l’issue de la procédure de Brexit. Plusieurs facteurs risqueraient donc de perturber un rebond continu des actions et d’attiser la volatilité. Le retour aux niveaux d’octobre 2018 risque donc d’attendre jusqu’à la fin de l’année.


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Daniel Morris

Senior investment strategist, CFA charterholder

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