Oslo dit « non » aux voitures

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Mi-septembre, Oslo a fait la une de nombreux journaux français et étrangers. La nouvelle coalition, Travaillistes-Gauche Socialiste-Verts, appelée après les dernières élections locales à diriger la ville, s’est engagée à bannir complètement la voiture de son centre d’ici 2019.

Cette démarche s’inscrit dans un plan plus large qui vise à réduire de moitié les émissions de gaz à effets de serre d’ici 2020 par rapport, non pas à leur niveau d’aujourd’hui, mais à celui de 1990 et à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. C’est dire combien l’objectif est ambitieux.

L’innovation s’invite déjà dans toutes les dimensions de la vie publique.

Ainsi, les nouveaux trains, mis progressivement en service sur le réseau de la ville, sont équipés de systèmes permettant de transformer l’énergie du freinage en électricité qu’ils transfèrent ensuite au réseau ; leurs coques en aluminium sont particulièrement légères et les dispositifs de chauffage des rames régulent la chaleur injectée en fonction non seulement de la température extérieure mais aussi du nombre de voyageurs présents. Il en résulte des économies d’énergie de l’ordre de 30 %.

L’opéra de la ville est entièrement équipé de diodes électroluminescentes (LED), presque 4 fois plus efficaces que les ampoules à incandescence classiques ; des variateurs adaptés permettent de moduler l’éclairage selon les besoins. Les dispositifs d’éclairage public seront, eux aussi, équipés de telles diodes LED à haut rendement énergétique.

Un programme de rénovation méthodique a été élaboré dans le but de rendre tous les bâtiments municipaux compatibles avec les standards de consommation d’énergie zéro.

Enfin, une nouvelle usine de traitement des déchets organiques permet de récupérer l’équivalent de 6 000 tonnes de CO2 sous forme de bio-méthane qui, après conditionnement, est utilisé comme carburant dans les bus publics. Sa capacité devrait être augmentée.

Or, ces innovations techniques, déjà existantes ou à venir, ne suffisent pas ; des mesures courageuses et contraignantes doivent être prises pour que l’objectif affiché puisse être tenu. C’est à cette fin que les nouveaux élus ont décidé de bannir les voitures du centre de la ville.

Sauront-ils résister aux diverses pressions qui ne manqueront pas de se faire jour contre ce projet ? Les commerçants du centre-ville sauront-ils apprécier l’intérêt que représente à terme pour leurs affaires la création d’une vaste zone piétonne ? Le projet donnera-t-il lieu à l’aménagement d’importants espaces de stationnement en périphérie pour permettre aux automobilistes des banlieues de garer leur voiture avant de se rendre dans le centre ou, a contrario, donnera-t-il l’occasion de consolider et renforcer le réseau existant de transports en commun au niveau de toute l’agglomération ? Comment s’effectuera le transport des marchandises à l’intérieur du centre-ville et quelle configuration aura la voiture du « dernier mile » ? Quelles seront les conséquences collatérales sur le développement du télétravail ?

Nul ne sait encore répondre précisément à ces questions. Mais il est certain que l’expérience norvégienne va susciter l’intérêt des maires des grandes villes d’Europe et d’ailleurs qui seront curieux de savoir comment ce projet va évoluer dans la durée, quels obstacles apparaîtront et quelles solutions seront retenues. Certes, Oslo reste une agglomération de taille modeste avec seulement 550 000 habitants et un millier d’entre eux résidant en son centre ; les problèmes à résoudre dans les mégalopoles comme Paris ou Londres seront nécessairement d’une autre ampleur et nécessiteront des mesures appropriées en conséquence. Néanmoins, l’analyse de ce qui aura été entrepris à Oslo permettra d’éclairer les décisions que les élus de ces grandes villes auront à prendre.

Cette initiative vient utilement illustrer les enjeux de la COP21 qui se tiendra à Paris fin novembre et exposer les solutions pratiques, déjà existantes ou encore à développer, pour contenir le réchauffement climatique. Elle permet aussi de prendre conscience, en la matière, de la nécessité politique de déterminer des objectifs clairs et réalistes et de manifester la conviction ferme de pouvoir les atteindre. Enfin, elle est, pour les classes politiques de par le monde, une invitation à agir et un encouragement à inscrire la conduite du changement dans une perspective cohérente sur le long terme. Elle crée un précédent qui ne pourra pas être ignoré.

L’initiative d’Oslo n’est certainement que le début d’un vaste mouvement de redéfinition de la physionomie des villes. D’autres devraient suivre, comme semblent le montrer les réactions enthousiastes de maires de capitales. Certaines entreprises, dans les domaines de l’énergie ou du recyclage, sauront tirer profit de ce marché colossal naissant. Des fonds environnementaux, déjà disponibles auprès des investisseurs individuels comme institutionnels, investissent justement dans ces entreprises et leur apportent le capital dont elles ont besoin pour se développer. Ces fonds devraient, sur le long terme, connaître des performances supérieures compte tenu de la croissance hors norme que l’on peut attendre du secteur.

Alexandre Jeanblanc

Investment Specialist, SRI

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