Préserver les forêts : un enjeu clé du développement durable

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Un an avant l’Accord de Paris, des gouvernements, des entreprises et la société civile se sont engagés à protéger nos forêts en se fixant des objectifs volontaires mais néanmoins ambitieux : en effet, la Déclaration de New York vise à réduire de moitié les pertes forestières naturelles à horizon 2020 (estimées à 13 millions d’hectares), les stopper d’ici 2030 et restaurer les forêts dégradées.

Plus d’1,6 milliards de personnes dépendent des forêts pour leur subsistance. Les forêts constituent de formidables réservoirs de nourriture, d’eau ou de médicaments, et de biodiversité. Elles jouent aussi un rôle fondamental dans la séquestration du carbone et permettraient de réduire de 20 % les émissions mondiales de CO2. Ainsi, elles contribuent à la réalisation de nombreux Objectifs du Développement Durable sur les 17 définis par l’ONU à horizon 2030 : éradication de la pauvreté (ODD n°1) et de la faim (ODD n°2), lutte contre le réchauffement climatique (ODD N°13), et vie terrestre (ODD n°15). Ce dernier objectif vise 9 cibles différentes liées à lutte contre la déforestation et la désertification et la protection de la biodiversité, la cible 15.2 correspondant précisément aux objectifs de ladite déclaration.

La Déclaration de New York a ainsi marqué un point d’inflexion dans la lutte contre la déforestation, de même que l’Accord de Paris a constitué un tournant pour limiter le réchauffement climatique.

Le rôle du secteur agroalimentaire dans la déforestation

40 % de la déforestation mondiale est imputable à 4 matières premières (huile de palme, produits à base de bois et papier, soja, élevage bovin) qui font peser des risques sur les entreprises estimés à 906 milliards de dollars. Un tiers de la déforestation est liée au secteur agroalimentaire. Fortement exposé et conscient de son impact en tant que producteur et premier consommateur de matières premières à risque, le secteur agroalimentaire affiche pour une très large part un objectif zéro déforestation nette liée à l’approvisionnement en matières premières d’ici 2020. L’enjeu pour nous en tant qu’investisseur consiste ainsi dans un premier temps à comprendre ces risques. Ensuite, nous devons évaluer comment les entreprises du secteur les gèrent pour atteindre leur objectif zéro déforestation, en axant notre analyse sur les 4 matières premières les plus à risque.

Quels sont ces risques ?

D’abord financiers, liés à la potentielle augmentation des coûts (voire à des ruptures) d’approvisionnement ; réglementaires en cas d’achats venant de sources illégales ; mais surtout de réputation, puisque des efforts de transparence et de protection des forêts sont fortement réclamés par les ONG, les consommateurs ou les investisseurs, pouvant entraîner des baisses significatives de part de marché. Le boycott célèbre de Kit Kat (produit phare de Nestlé contenant de l’huile de palme), organisé par Greenpeace en 2010, constitue en cela un cas d’école : accusé de contribuer à la déforestation et à la destruction de l’habitat des orang-outans, Nestlé s’était très rapidement dissocié du fournisseur incriminé pour préserver sa réputation. C’est pourquoi, devant le nécessaire besoin d’amélioration des pratiques du secteur, l’ONG World Widelife Fund (WWF) et des entreprises comme Unilever ont créé dès 2004 un système de certification de l’huile de palme responsable, la Roundtable on Sustainable Palm Oil (RSPO), dont le groupe BNP Paribas est membre. Le secteur a parcouru beaucoup de chemin suite à la forte sensibilisation du grand public. C’est ainsi qu’aujourd’hui la majorité des entreprises du secteur agroalimentaire ont pour objectifs de s’approvisionner uniquement en sources RSPO d’ici 2020. Néanmoins, de nombreux rapports d’ONG ont montré que certains producteurs certifiés en Asie du Sud-Est ont pris leurs engagements à la légère : il faut donc fixer des critères de certification plus contraignants. Nous encourageons ainsi les entreprises à adopter des politiques multicritères, pour mieux protéger les forêts et les tourbières, imposer des standards élevés à l’ensemble des sous-traitants et assurer la traçabilité de leur huile de palme jusqu’à la plantation.

Depuis de nombreuses années, les entreprises ont pris conscience de la nécessité de ne pas s’approvisionner en bois illégal : c’est pourquoi elles se sont fixé des objectifs pour promouvoir le bois et le papier durable dans leur chaîne d’approvisionnement, en utilisant des sources certifiées1 , qui sont aujourd’hui largement disponibles, à l’image de RSPO pour l’huile de palme. La crédibilité de ces labels est donc essentielle et doit reposer sur un renforcement des audits sur le terrain.

Paradoxalement, les entreprises agroalimentaires peinent encore à prendre la mesure des enjeux sur le soja et surtout l’élevage bovin, matières premières qui contribuent le plus à la déforestation, à hauteur de 480 000 et de 2,7 millions d’hectares coupés respectivement : peu ou pas de transparence ou de cartographie d’approvisionnement de zones à risque (comme le Cerrado au Brésil où l’expansion des pâturages pour les bovins menace continuellement les forêts), d’objectifs de traçabilité, de suivi sur le terrain ou encore de standards communs (à l’exception du soja où il existe des labels durables2 mais dont les volumes sont très insuffisants). Si le moratoire sur le soja en 2008 a aidé à réduire considérablement la déforestation liée au soja en Amazonie brésilienne, les besoins futurs en soja (un européen en consomme 61 kg par an, majoritairement sous forme indirecte pour alimenter des animaux et poissons d’élevage) et en nouvelles terres arables pour l’élevage bovin ne manqueront pas d’accentuer les risques de déforestation. Rien que pour l’élevage bovin, le chiffre d’affaires des entreprises cotées lié à la déforestation est estimé à 137 milliards de dollars.

Conclusion

L’engagement des entreprises à s’approvisionner en matières premières certifiées est donc crucial pour apporter des garanties aux investisseurs, et doit être accompagné d’audits et de suivi des fournisseurs, via des données satellites par exemple, pour assurer la meilleure traçabilité possible. Trop peu d’entreprises ont à ce jour réalisé une cartographie de leur approvisionnement, surtout pour le soja et l’élevage bovin. En outre, nous encourageons les entreprises à se doter de politiques couvrant à la fois les enjeux environnementaux et sociaux. Ainsi, nous saluons les initiatives visant à améliorer la transparence sur les critères pris en compte ou les volumes liés aux matières premières à risque : cela nous permet d’affiner notre analyse comparée des entreprises et de cibler nos dialogues pour maximiser notre impact. Enfin, nous comprenons qu’elles n’ont pas forcément les ressources nécessaires pour se battre sur tous les fronts, mais si elles portent leurs efforts uniquement sur l’élevage bovin sans se préoccuper du soja, comment être certains que nos investissements sont en ligne avec la Déclaration de New York?


Achevé de rédiger le 26 mai 2017

  1. Forest Stewardship Code (FSC) et Program for Endorsement of Forest Certification (PEFC) sont les deux principaux modèles internationaux de certification
  2. Certifications RTRS (Roundtable on Responsible Soy) ou ProTerra

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