Les prêts aux PME : le segment à surveiller sur le marché obligataire

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Chez BNP Paribas Asset Management, on y croit dur comme fer. L’équipe SME Alternative Financing dirigée par Stéphane Blanchoz a développé une activité très prometteuse à cet égard. Comme le suggère l’intitulé de sa fonction, M. Blanchoz s’occupe des prêts aux petites et moyennes entreprises. Ce segment offre une kyrielle d’opportunités d’investissement et constitue une belle source de diversification, surtout pour les investisseurs à long terme comme les assureurs et les fonds de pension.

Peu exploité, ce marché présente donc un potentiel énorme. M. Blanchoz explique que « sur les 24 millions d’entreprises en Europe, moins de 1.000 entreprises ont émis des obligations cotées. Les autres se financent auprès de leur banque ou émettent des titres de créance de gré à gré, de la dette privée ». La demande de dette privée est importante surtout pour les émissions de 40 à 60 millions d’euros. Dans le contexte actuel de taux bas, les investisseurs recherchent précisément les primes plus élevées offertes par la dette privée.

Les banques sur la défensive

Plus les investisseurs sont nombreux à cibler les grandes émissions de dette privée, plus la prime baisse. Par ailleurs, la majorité de ces émissions de dette concernent du private equity, ce qui réduit l’attrait de ce produit, estime M. Blanchoz. Il préfère descendre d’un niveau vers le segment entre 500.000 et cinq millions d’euros. En effet, d’une part ces montants sont trop élevés pour le crowdfunding (100.000 euros en moyenne par transaction) ; d’autre part, les banques ont quelque peu délaissé ce segment.

Et M. Blanchoz d’ajouter : « Le durcissement de la réglementation décourage les banques d’octroyer des prêts à long terme. De surcroit, les banques exigent des garanties que les entreprises ne peuvent pas fournir, surtout celles actives dans le secteur des services où le cautionnement n’est pas monnaie courante. Le facteur temps joue un rôle aussi. L’analyse et l’approbation d’une demande de prêt par une banque peut prendre trois mois. Toutes les entreprises n’ont pas autant de patience.

Une belle prime de risque

Les entreprises ciblées par M. Blanchoz et son équipe pour le financement constituent l’épine dorsale de l’économie. Selon lui, investir dans les PME, c’est investir dans l’économie réelle. Pour exploiter de manière rentable ce filon, l’effet d’échelle est un atout clé, car il permet de réduire les coûts. C’est pourquoi nous avons automatisé et standardisé nos processus le plus possible. En outre, nous travaillons étroitement avec des partenaires. Notre objectif est ambitieux : traiter les demandes de prêts en cinq semaines.

Les prêts ont une durée de cinq à huit ans, plus longue que les échéances imposées par les banques. Par ailleurs, le taux n’est pas variable mais fixe. L’emprunt est remboursé selon un échéancier fixe en tranches égales. Pour compenser l’absence de caution, nous travaillons avec des avenants. Nous vérifions tous les trois mois si la dette reste dans les limites convenues. Si ce n’est pas le cas, l’entreprise débitrice tombe en défaut technique.

Le taux d’intérêt payé par les PME varie entre 6 % et 12 % selon M. Blanchoz. Tout l’exercice consiste à trouver le juste équilibre entre le rendement qui satisfera les investisseurs et le taux que les entreprises veulent payer. Pas question pour nous de faire payer trop les entreprises, car cela compromettrait le remboursement du prêt.

Lancement de la première stratégie

C’est au Royaume-Uni que sera probablement lancée la première stratégie SME Alternative Financing début 2019. L’objectif est d’offrir aux investisseurs un rendement annuel net oscillant entre 6 % et 8 % avec un taux de défaut inférieur à 2 %. Les investisseurs ne sont pas les seuls à s’impliquer. BNP Paribas aussi détient une participation minoritaire. « C’est une façon de montrer son engagement sans faire de l’ombre aux autres investisseurs », explique M. Blanchoz. La stratégie vise un capital de 300 millions d’euros.

Entretemps, les premiers prêts ont été octroyés à une société de travail intérimaire et à un fournisseur de services à des hypermarchés. Plusieurs demandes sont en cours d’évaluation. Le potentiel de croissance est gigantesque, rappelle M. Blanchoz. Le marché britannique à lui seul brasse des dizaines de milliards d’euros. Nous nous sommes fixés pour objectif de prêter chaque année 1 milliard d’euros aux PME européennes. Nous cherchons en particulier à financer les entreprises dont le personnel est en croissance.

Protection contre la recession

Même sans cette motivation, les arguments en faveur des prêts aux PME sont nombreux. Cette classe d’actifs constitue une bonne source de diversification d’un portefeuille existant, génère un rendement relativement élevé, produit des revenus pendant de nombreuses années et peut être offerte à des prix intéressants grâce à la standardisation et l’automatisation des processus.

Quid si la crise frappe à nos portes ? Ou si les taux d’intérêt augmentent en Europe ? M. Blanchoz répond : « Si crise il y a, les entreprises à haut rendement connaîtront plus de difficultés que celles que nous avons triées sur le volet. En effet, ces dernières se distinguent par une trésorerie stable et strictement respectent les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).

En outre, les PME sont généralement moins cycliques que les grandes capitalisations boursières, ce qui réduit le risque de défaut. De même, la hausse des taux n’aura pas d’impact significatif. La prime des prêts aux PME est tellement élevée que les obligations d’État ne pourront concurrencer cette classe d’actifs, même en cas de hausse des taux.

Achevé de rédiger le 13 novembre 2018.


Ce blog est la synthèse d’une publication d’IEX profs.  Pour lire la version originale (uniquement en néerlandais), cliquez ici >

Pour de plus amples informations sur les prêts aux PME, veuillez cliquer ici >

Stéphane Blanchoz

Head of SME Alternative Financing team

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