Une régulation européenne du pouvoir de marché des Big Tech est-elle envisageable ? (2/2)

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Dans cet article, nous résumons la seconde partie de l’intervention de Jean Tirole lors de l’Investment Forum de BNPP AM qui s’est tenu à Paris le 12 novembre. Le Professeur Tirole a mis en perspective les défis posés à la politique industrielle européenne par le pouvoir de marché des Big Tech.

  • Comment soutenir l’innovation ?
  • Politiques ciblées ou non-ciblées ?
  • Quelques conseils pour une politique industrielle efficace

Même adaptée, une politique antitrust ne changerait rien à la situation européenne puisque tous les géants du secteur technologique sont américains (11 sur les 20 plus grandes capitalisations mondiales) ou chinois (9 sur 20).

Le même constat s’impose d’ailleurs pour le secteur de la pharmacie. Il y a certes encore quelques champions européens mais leur position va s’affaiblir du fait de la nouvelle orientation prise par l’industrie (biotechnologie, utilisation du big data, recherche génétique).

Puisqu’une approche antitrust n’est pas efficace, quelles sont les autres pistes que devraient envisager les autorités européennes pour pallier les imperfections de marché ?

Cas de l’Europe : quelle politique industrielle ?

Il paraît alors naturel que les pouvoirs publics européens souhaitent créer des Big Techs 100 % européennes et, pour ce faire, aient recours à une politique spécifique. Il faut distinguer les politiques non ciblées, qui ne cherchent pas à identifier a priori les gagnants ou les perdants, et des politiques industrielles à proprement parler qui vont être ciblées vers un secteur, une technologie, voire une entreprise.

Dans le premier cas, il s’agira pour les états de subventionner d’une manière ou d’une autre les dépenses de recherche et développement (R&D). Les études économiques montrent généralement qu’il est plutôt positif de voir augmenter la R&D mais ce développement ne doit pas se faire de manière anarchique sous peine de ne pas accroître le surplus social.

En ce qui concerne la politique industrielle, et donc ciblée, il apparaît que, malgré des avantages réels (partages d’informations entre les entreprise, établissement de marchés du travail locaux facilitant la mobilité) et des réussites indéniables (Airbus), elle n’est pas la panacée.

Comme souvent en économie industrielle, l’information est un élément-clé dont ne dispose pas toujours pleinement la puissance publique. Les décisions prises de soutenir telle industrie ou entreprise au détriment d’autres risquent de ne pas être optimales. D’autre part, l’état peut se trouver si impliqué dans une industrie qu’il ne sera plus en mesure de jouer son rôle d’arbitre indépendant.

Notes pour une réponse de politique industrielle efficace

Pour se garder de ces inconvénients, les décideurs publics seraient bien inspirés de respecter quelques principes au moment de mettre en place une politique industrielle.

  • Identifier la raison de la défaillance d’un marché pour proposer la bonne réponse
  • Déléguer la sélection des projets à une autorité indépendante et qualifiée
  • Être attentif à l’offre (capital humain, rassemblement de compétences scientifiques) et pas seulement à la demande de création de sites spécialisés
  • Eviter de fausser la concurrence entre les entreprises
  • Rester objectif : suivre et évaluer les résultats des projets et, si besoin, y mettre un terme.
  • Associer le secteur privé à la prise de risques lorsque cela est possible
  • Renforcer les écoles et universités qui sont la source des innovations futures

Ces lignes directrices peuvent apparaître comme de simples manifestations du bon sens mais sont malheureusement assez rarement respectées, et pas seulement pour des raisons électoralistes.

Au-delà de la régulation et de la politique industrielle, d’autres pistes sont-elles envisageables face aux Big Tech et aux déséquilibres grandissants qui découle de leur puissance de marché ? Quid de la lutte contre l’optimisation fiscale à tout crin ou d’une taxation spécifique des profits réalisés par ces multinationales ?


Partie 1/2 : Les défis posés par les Big Tech aux pouvoirs publics ? Quelle régulation, quelle politique industrielle ?


Lire aussi :

Introduction aux travaux de Jean Tirole (1/3)

Il y a des marchés parfaits comme il y a des poissons volants (2/3)

Jean Tirole – Pourquoi et comment réglementer ? (3/3)


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Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur à la date de publication. Elles émanent des informations disponibles et sont susceptibles de changer sans préavis. Les équipes de gestion peuvent avoir des opinions différentes et prendre des décisions d’investissement autres en fonction des clients.

 

Nathalie Benatia

Macroeconomic Content Manager

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