Banques centrales accommodantes : les investisseurs en veulent-ils toujours plus?

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Les investisseurs en actions sont restés particulièrement attentifs aux propos des banquiers centraux en juillet. Le 10, lors de la première partie de l’audition semestrielle de Jerome Powell devant le Congrès, le S&P 500 a atteint un nouveau record en séance, et, le lendemain, pendant la seconde partie du discours sur la politique monétaire, l’indice Dow Jones 30 est passé au-dessus de 27 000 points. La hausse des actions s’est ensuite poursuivie, de façon un peu plus chaotique et à un rythme moins soutenu qu’en juin. Les décisions et déclarations des grandes banques centrales apparaissant comme des confirmations de leurs engagements des semaines précédentes qui n’amènent pas de nouveaux éléments.

  • Une hausse des actions mondiales très modeste après des déceptions en fin de mois
  • Les obligations européennes dopées par la BCE et les inquiétudes sur la croissance
  • Le dollar est reparti à la hausse face aux autres devises

Les annonces des banques centrales ne suffisent plus à rassurer durablement

La réaction des grands indices boursiers américains après l’annonce de la baisse de 25 points de base (pb) des taux directeurs de la Fed le 31 juillet semble correspondre au vieil adage selon lequel il faut « vendre la nouvelle ». Les investisseurs ont de surcroît été déçu par un discours de Jerome Powell moins accommodant qu’attendu puisque le président de la Fed a indiqué que sa décision correspondait à un ajustement de milieu de cycle et ne marquerait pas le début d’une longue phase de baisse des taux directeurs. Après avoir gagné 6,4 % en juin, l’indice MSCI AC World affiche une hausse de seulement 0,2 % en juillet (en dollars). L’indice MSCI Emerging a connu un parcours plus difficile et enregistre un recul mensuel de 1,7 % (en dollars).

Graphique 1 : essoufflement de la hausse des actions  

Banques centrales accommodantes: Les investisseurs en veulent-ils toujours plus?

Au-delà des politiques monétaires

Le thème du commerce international est resté présent, l’attention se portant davantage sur les tensions entre les Etats-Unis et l’Europe après, notamment, la décision prise par le gouvernement français de taxer les grandes entreprises du secteur du numérique et la réponse de Donald Trump menaçant les importations de vin français.

La trêve conclue entre Washington et Pékin fin juin n’a pas permis de nouvelles avancées des négociations alors que la croissance du PIB chinois est ressortie à 6,2 % en glissement annuel au 2e trimestre (après 6,4 % au 1er), soit le rythme le plus bas depuis 1992. Les tensions commerciales avec les Etats-Unis constituent un risque mais les autorités chinoises semblent disposer de marges de manœuvre pour soutenir l’activité le cas échéant sans pour autant vouloir se précipiter.

Dans les zones développées, le tassement de la croissance au 2e trimestre après les bonnes surprises en la matière enregistrées au 1er trimestre reflète les difficultés du secteur manufacturier directement confronté aux conséquences des mesures protectionnistes prises depuis plus d’un an. Les tensions géopolitiques avec l’Iran se sont renforcées autour du détroit d’Ormuz en juillet.

Graphique 2 : tassement de la croissance aux Etats-Unis et dans la zone euro

Banques centrales accommodantes: Les investisseurs en veulent-ils toujours plus?

La situation politique intérieure dans les grands pays n’a pas eu d’effet majeur sur les actions mais le changement de ton sur le Brexit après la nomination de Boris Johnson au poste de premier ministre au Royaume-Uni commence à peser sur les actifs britanniques (livre sterling en premier lieu). De même, la difficulté de former un gouvernement en Espagne et les tensions au sein de la majorité en Italie renforcent la probabilité de nouvelles élections parlementaires dans les prochains mois.

Aux Etats-Unis, la campagne en vue de l’élection présidentielle de 2020 a, de fait, déjà commencé et les discours de Donald Trump sont susceptibles de provoquer des réactions rapides sur les marchés financiers tant les sujets de controverse paraissent nombreux.

Enfin, les mouvements sociaux à Hong Kong constituent une situation quasi inédite et, de ce fait, difficile à appréhender par les investisseurs.

Dans ce contexte un peu troublé, les résultats des entreprises, supérieurs aux attentes aux Etats-Unis, ont soutenu les cours.

  • L’indice S&P 500, qui avait établi un nouveau record en clôture quelques jours avant la fin du mois, affiche une hausse mensuelle de 1,3 % (en dollars).
  • A Tokyo, le Nikkei 225 est en hausse de 1,2 % en yens.
  • Les indices européens ont davantage pâti des doutes sur la croissance et des craintes sur la demande mondiale. L’Eurostoxx 50 termine en légère baisse (-0,2 % en euros), les actions allemandes étant pénalisées par les mauvais chiffres en provenance du secteur manufacturier.
  • Au niveau mondial, à l’exception de la technologie, les secteurs cycliques ont été délaissés par les investisseurs qui ont privilégié les valeurs défensives, en particulier en Europe.

Qui est dépendent de qui ?

Cette question apparaît légitime alors que la Fed vient de baisser ses taux directeurs et que la BCE s’est pratiquement engagée à faire de même dans quelques semaines et laisse entendre qu’elle pourrait aussi remettre en place des mesures non conventionnelles. Les banquiers centraux justifient ce qui ressemble à une course en avant par les incertitudes sur la croissance, et particulièrement sur l’activité manufacturière, nées des tensions commerciales. Ils indiquent aussi que des anticipations inflationnistes très basses menacent la crédibilité de leur objectif d’inflation. Ces anticipations sont celles contenues dans les marchés des obligations indexées sur l’inflation et il apparaît clairement que les banques centrales surveillent cet indicateur. Il y a déjà quelques années que Mario Draghi l’avait explicitement mentionné.

D’un autre côté, les marchés actions paraissent parfois plus influencés par les discussions de politique monétaire à Washington et à Francfort que par les résultats des entreprises. Cette situation où les banques centrales sont dépendantes des marchés et les marchés dépendants des banques centrales semble être le nouvel équilibre, qui, depuis le début de l’année s’est accompagné d’une progression simultanée des actions et des obligations.

A cette équation, il faut ajouter le facteur politique dans toutes ses dimensions (discussions commerciales, tensions dans le détroit d’Ormuz, changement de ton sur le Brexit). Les fondamentaux économiques, si on les réduit à la demande intérieure de chaque zone, ne paraissent pas particulièrement dégradés mais tracer des perspectives est délicat face aux nombreux éléments difficilement quantifiables qui peuvent survenir.

Les banquiers centraux ont choisi une politique préventive de soutien à l’activité, ce qui a rassuré les investisseurs dans un premier temps. Pour que les agents économiques, en particulier les entreprises, retrouvent confiance, le relais par les politiques budgétaires est souhaitable. Compte tenu de la faible marge de manœuvre des politiques monétaires, l’assurance prise par les banques centrales ne paraît pas être en mesure de couvrir tous les risques. La volatilité devrait être au rendez-vous dans les prochaines semaines, justifiant une certaine prudence mais offrant aussi de nouvelles opportunités.


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Nathalie Benatia

Macroeconomic Content Manager

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