Sous le signe du Covid-19

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Du strict point de vue médical, les nouvelles semblent plutôt rassurantes en Chine (stabilisation du nombre de malades ; faible taux de mortalité) mais la contagion s’est étendue à d’autres continents. Ces nouvelles alimentent les inquiétudes sur la croissance mondiale et ont entraîné un mouvement de repli vers la sécurité au détriment des actifs risqués.

  • Entre le 21 et le 28 février, le recul des actions mondiales (indice MSCI AC World) a dépassé 10 %
  • Fortes anticipations de baisse des taux directeurs, étayées en fin de mois par un communiqué de la Réserve fédérale américaine.
  • Les taux longs américains sont tombés à de nouveaux points bas fin février. Le rendement du Bund allemand à 10 ans a fini à -0,61 % (-17 pb par rapport à fin janvier), proche de son point bas historique à -0,71 % observé fin août.

Les informations sur l’évolution de l’épidémie de Covid-19 expliquent les variations des marchés en février. La stabilisation du nombre de nouveaux cas de contamination a, dans un premier temps, rassuré. La rapide réaction des pouvoirs publics et en particulier de la Banque centrale de Chine (PBoC) à la réouverture des marchés le 3, a permis un rebond significatif des actions dès les premières séances de février.

Face aux incertitudes, les investisseurs ont fait l’hypothèse la plus favorable (pic de l’épidémie atteint au 1er trimestre, rebond rapide de l’activité après les fermetures temporaires d’entreprises et les restrictions de déplacements). Les annonces ultérieures des pouvoirs publics chinois ont permis aux actions mondiales de regagner 4 % entre fin janvier et le 12 février (indice MSCI AC World en dollars).

Au cours de la seconde quinzaine, la tendance s’est totalement inversée, les variations devenant beaucoup plus erratiques en lien avec de nouveaux cas hors de Chine. Les nouvelles en provenance de Corée du Sud et d’Italie ont particulièrement inquiété.

Les craintes d’une contagion mondiale de l’épidémie de Covid-19 ont entrainé un violent recul des actions à partir du 24 dans des proportions qui n’avaient été observées que trois fois depuis 1960 pour le S&P 500 (krach boursier de 1987, première semaine de cotation après le 11 septembre 2001, plus forte semaine de baisse durant la grande crise financière). L’indice VIX, mesurant la volatilité implicite du S&P 500, est revenu vers 50 en séance le 28 février, ce qui ne s’était plus produit depuis 2011.

Baisse généralisée des actions

Les actions mondiales terminent le mois en baisse de 8,2 % par rapport à fin janvier tandis que les marchés émergents (indice MSCI Emerging en dollars), qui avaient davantage baissé en janvier, ont surperformé en février (-5,4 %).

Aux Etats-Unis, le S&P 500 a perdu 8,4 % avec une sous-performance du secteur de l’énergie en lien avec la baisse des cours du pétrole (-13,2 % pour le baril de WTI à moins de 45 dollars), des financières et des services aux collectivités et, sans surprise, une surperformance du secteur de la santé. L’indice du Nasdaq affiche un recul moindre (-6,4 %).

Les actions japonaises ont sous-performé (-8,9 % pour le Nikkei 225 et -10,3 % pour l’indice Topix) en raison de la plus grande proximité du pays avec l’épicentre de l’épidémie et d’une conjoncture dégradée. Les transports (aériens, maritimes, routiers) et les matériaux de base ont fortement baissé.

Les actions de la zone euro ont perdu 8,6 % (indice Eurostoxx 50). Les services aux collectivités et les télécoms ont surperformé grâce à la détente des taux longs. Le marché italien a sous-performé en raison des inquiétudes suscitées par la propagation du coronavirus dans la péninsule. Sauf mention contraire, les indices sont en devises locales.

Graphique 1 : Violente baisse des actions (données au 28/02/2020)

Les premiers effets sur la croissance économique

Les indicateurs économiques n’ont pas vraiment retenu l’attention des investisseurs, convaincus que tous les effets ne sont pas encore visibles. La publication de l’estimation préliminaire des indices PMI le 21 février aurait pu être un rendez-vous important mais ces enquêtes auprès des directeurs d’achats ont envoyé des signaux contradictoires.

Dans la zone euro, l’amélioration de l’indice composite a été confirmé en février. Aux Etats-Unis, le mouvement a été inverse : l’indice composite est passé sous 50 pour la première fois depuis octobre 2013 en raison d’un fort recul de l’activité dans les services. Il est encore trop tôt pour dire si ces résultats sont le reflet d’une plus grande sensibilité de l’économie américaine au ralentissement en provenance de Chine ou de la plus grande nervosité des répondants. Notons que les enquêtes menées par les Fed régionales dans le secteur manufacturier avaient envoyé un message plus rassurant. L’estimation en temps réel de la croissance du PIB au 1er trimestre (GDPNow de la Fed d’Atlanta) est restée relativement stable autour de 2,5 % en rythme annualisé (après 2,1 % au 4e trimestre).

En Chine, l’indice PMI officiel publié par le National Bureau of Statistics s’est inscrit à 35,7 en février pour le secteur manufacturier (après 50 en janvier). L’indice non-manufacturier est passé de 54,1 à 29,6, en raison des restrictions de déplacement imposées à la population pour juguler l’épidémie.

Au Japon, l’indice PMI composite a perdu plus de 3 points pour s’inscrire à 47 (estimation préliminaire), ce qui pourrait signaler une récession technique de l’économie japonaise au 1er trimestre. Les premières informations montrent que l’industrie du tourisme a été particulièrement touchée.

Graphique 2 : les indices PMI (enquêtes auprès des directeurs d’achats) en ordre dispersé en février (données au 28/02/2020)



Le manque de visibilité risque d’alimenter la nervosité à court terme

L’épidémie de Covid-19 constitue un nouvel aléa baissier sur la croissance et l’OCDE vient de réviser drastiquement les prévisions. Les données économiques qui seront publiées dans les prochaines semaines retiendront l’attention mais la visibilité va rester limitée pendant plusieurs mois.

Les investisseurs vont désormais rechercher les moindres signes de redémarrage de l’activité et évaluer les conditions de cette reprise. Si les prochains événements ne viennent pas battre en brèche le scénario consensuel d’un rattrapage rapide après le premier trimestre, la confiance devrait revenir. L’économie mondiale semble en effet à même de résister à un choc temporaire.

De surcroît, des mesures de soutien pourront être décidées. A ce titre, le communiqué de la Fed, de la Banque du Japon et de la Banque centrale européenne début mars laissant imaginer que des politiques monétaires encore plus accommodantes pourraient être rapidement mises en œuvre, et peut-être d’une façon concertée, sont de nature à rassurer les investisseurs. La Fed a franchi le pas le 3 mars avec une baisse de 50 pb de ses taux directeurs.


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Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur à la date de publication. Elles émanent des informations disponibles et sont susceptibles de changer sans préavis. Les équipes de gestion peuvent avoir des opinions différentes et prendre des décisions d’investissement autres en fonction des clients.

Nathalie Benatia

Macroeconomic Content Manager

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