Tout ceci manque de conviction

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Les grands indices actions ont récupéré en septembre une partie du terrain perdu en août. Le MSCI AC World termine en hausse de 1,9 % et le MSCI Emerging de 1,7 % (en dollars). Une fois de plus, c’est la chronologie des commentaires, tweets et déclarations sur la politique commerciale des Etats-Unis et de la Chine qui explique le mieux les variations quotidiennes des actions.

  • L’accalmie entre les deux parties a prévalu et permis une remontée des grands indices au cours de la première quinzaine après une petite hésitation en tout début de mois.
  • Les attentes des décisions des grandes banques centrales ont joué un rôle dans cette phase haussière.
  • Les annonces, le 12 septembre pour la BCE (baisse du taux de dépôt, reprise des achats de titres, mesures complémentaires) et le 18 pour la Fed (baisse des taux directeurs), se sont accompagnées d’un essoufflement de la hausse des actions. Un léger tassement est intervenu par la suite.

Les Banques centrales ont-elles perdu leur mojo ?

Ces réactions peuvent être interprétées comme la manifestation d’un certain scepticisme de la part des investisseurs quant à l’efficacité de ces politiques monétaires accommodantes alors que les taux sont déjà très bas.

Graphique 1 : une modeste remontée des taux longs en septembre, taux à 10 ans

Graphique 1 : une modeste remontée des taux longs en septembre, taux à 10 ans

Les commentaires à Washington sur les relations avec la Chine sont devenus plus fluctuants, l’administration Trump et le Président lui-même soufflant le chaud et le froid. Les aspects géopolitiques et politiques ont perturbé ponctuellement les marchés financiers sans changer la donne. Les attaques qui ont frappé des infrastructures pétrolières saoudienne à la mi-septembre ont provoqué une brutale remontée des cours du brut.

Le baril de WTI (West Texas Intermediate) a atteint près de 63 dollars le baril le lundi 16 (contre 55 dollars fin août). Il a reflué par la suite quand il est apparu que l’interruption de la production allait être limitée. Le cours du pétrole termine à 54,1 dollars, soit un recul mensuel de 1,9 %.

Le déclenchement d’une procédure de destitution de Donald Trump le 24 a pesé sur les actions mais d’une façon très ponctuelle compte tenu de la lourdeur de ce processus et de ses faibles chances d’aboutir en raison de l’équilibre des forces politiques au Congrès.

Du point de vue économique, le scénario prudent d’une croissance mondiale moins dynamique et exposée à davantage de risques liés aux conflits commerciaux reste d’actualité. L’économie américaine paraît capable de résister au ralentissement du secteur manufacturier alors que la zone euro pourrait connaître des difficultés dans le sillage de l’économie allemande. Notons toutefois que la demande intérieure reste solide pour la zone euro dans son ensemble et que Mario Draghi a souligné « la capacité de résistance de l’économie ». Face au tassement de l’activité, les autorités chinoises ont annoncé de nouvelles mesures de soutien monétaire qui sont loin d’épuiser leurs marges de manœuvre.

La baisse du yen soutient les actions japonaises

Au sein des grands marchés développés, et en considérant les performances en devises locales, la plus forte hausse a été enregistrée à Tokyo (+5,1 % pour le Nikkei 225). Les actions japonaises ont profité de la baisse du yen et de la signature de la « première étape » d’un nouvel accord commercial (sur l’agriculture et le numérique) avec les Etats-Unis. Ces éléments ont soutenu les secteurs les plus exposés à l’exportation.

Les actions européennes ont connu une solide progression (+4,2 % pour l’Eurostoxx 50) malgré la persistance d’inquiétudes sur la situation économique. Les secteurs les plus cycliques ont d’ailleurs eu tendance à légèrement sous-performer. Le secteur financier (banques et assurances) a enregistré la plus forte hausse malgré les quelques déceptions suscitées par les décisions de la BCE, la remontée des taux longs soutenant le secteur.

Aux Etats-Unis, le S&P 500 a gagné 1,7 %. Les plus fortes hausses ont été réalisées par les financières, les services aux collectivités et le secteur de l’énergie.

Graphique 2 : Evolution des marchés en septembre 2019, performances totales en % (devises locales)

Graphique 2 : Evolution des marchés en septembre 2019, performances totales en % (devises locales)

A la recherche d’explications

Tout bien considéré, il est difficile d’expliquer pourquoi les marchés boursiers ont regagné en septembre une partie du terrain perdu en août. Il n’est guère plus simple de justifier la baisse survenue en août.

Ces évolutions se sont faites essentiellement au gré des commentaires à propos des négociations commerciales entre la Chine et les Etats-Unis sans qu’aucun accord n’ait encore été présenté. Ce conflit commercial, qui commence à peser sur l’activité mondiale, accroît les risques sur la croissance et alimente les inquiétudes.

Les facteurs politiques, qui sont allés en septembre d’une attaque sur des installations pétrolières en Arabie Saoudite au lancement d’une procédure de destitution du Président des Etats-Unis, sont aussi de nature à inquiéter même s’ils n’ont pas eu pour l’instant de conséquences durables sur les marchés financiers.

Du point de vue économique, le consensus peine à s’établir, certains observateurs retenant les mauvaises nouvelles et le ralentissement du secteur manufacturier alors que d’autres soulignent la résistance de la demande intérieure et de l’activité dans les services.

Du point de vue politique, la visibilité s’est dégradée ces dernières semaines sans que les risques objectifs n’augmentent pour autant.

Pour les marchés financiers, ce contexte, qui n’apparaît pas fondamentalement dégradé mais ne parvient pas à s’améliorer, pose plusieurs questions. Les investisseurs auront-ils la patience d’attendre une amélioration ? Vont-ils au contraire se convaincre que le cycle est terminé si les indicateurs n’envoient pas de signaux plus encourageants ?

Les récentes annonces de politique monétaire ne sont pas parvenues à rassurer totalement et un certain scepticisme commence à s’installer. La solution passera peut-être par des politiques budgétaires de soutien à l’activité mais leur mise en place risque d’être longue.

Dans cet environnement complexe, les variations des actifs risqués devraient reproduire le schéma en place depuis quelques mois : nervosité accrue et réactions erratiques au flux de nouvelles économiques et politiques.


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Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur à la date de publication. Elles émanent des informations disponibles et sont susceptibles de changer sans préavis. Les équipes de gestion peuvent avoir des opinions différentes et prendre des décisions d’investissement autres en fonction des clients.

Nathalie Benatia

Macroeconomic Content Manager

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