Une COP fonctionnelle donnera le ton de l’agenda critique sur le climat en 2018

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La COP23 démarre cette semaine avec un ordre du jour plutôt technique. Les négociateurs et délégués de près de 200 pays s’efforceront de progresser dans l’élaboration d’un recueil de règles à approuver pour l’Accord de Paris en 2018. Cette COP, qui durera 15 jours, se présente davantage comme une réunion de travail plutôt qu’un sommet décisif. Cependant, le revirement soudain des États-Unis sur le changement climatique et les nouvelles préoccupantes sur ce front offrent une occasion unique aux pays en voie de développement de changer la politique envers le changement climatique en faveur d’une adaptation et en fonction de leurs besoins, ne fût-ce que parce que la COP est pour la première fois présidée par un petit pays insulaire directement exposé aux dérèglements climatiques.

La présidence de la COP par les îles Fidji rassure les partisans d’une adaptation sur l’importance dans les discussions d’être prêt à faire face aux conséquences du changement climatique. Les îles Fidji se préoccupent surtout d’œuvrer à la poursuite et à la réalisation d’un objectif d’adaptation commun. Concernant la lutte contre le changement climatique, aucune annonce d’objectifs plus ambitieux n’est attendue durant cette quinzaine. Certains pays pourraient publier leurs nouveaux objectifs pour 2050. Dans les deux domaines, les pays les plus pauvres réclament un soutien technique et financier supplémentaire. Nous pourrions observer quelques progrès dans la façon dont les pays développés aideront les pays les plus pauvres à disposer des capacités nécessaires, du moins pour le respect des futures directives de rapport, et contribueront à renforcer la transparence et l’engagement des pays riches concernant les finances liées au climat.

L’Accord de Paris ne prévoit pas de sanction pour les pays qui n’atteignent pas leurs objectifs. Pourtant, il existe un consensus sur la nécessité de créer un mécanisme de suivi du respect des engagements et d’alerte en cas de non-respect. Il faut encore déterminer aussi le type et le mode de fonctionnement du mécanisme à mettre en place. Bien qu’aucune décision finale ne soit prévue durant cette COP, des avancées en la matière ne sont pas exclues. Ce sommet tâchera surtout de jeter les bases de directives opérationnelles ou d’un recueil de règles qui régiront l’Accord de Paris et devraient être approuvées en 2018.

Plus de 20 000 personnes sont attendues au siège de la CCNUCC à Bonn, en Allemagne. Un bon nombre de ces personnes n’appartiennent pas à une délégation officielle, mais représentent des acteurs non gouvernementaux (ANG), tels que des villes, des entreprises et des membres de la société civile. Ils exercent une pression croissante sur les gouvernements et les négociateurs internationaux et bon nombre d’entre eux apportent de réels changements dans leur région. Vingt villes du monde se sont engagées à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre à raison d’au moins 80 % d’ici à 2050, tandis que 111 des entreprises les plus influentes du monde se sont engagées à utiliser 100 % d’énergies renouvelables.

De nombreuses institutions financières se sont publiquement engagées à agir et ont inscrit leurs promesses sur la plate-forme NAZCA (pour Zone des Acteurs Non étatiques pour l’Action pour le Climat) des Nations Unies à l’occasion de la COP21. De son côté, BNPP AM s’est engagé à communiquer l’empreinte carbone de ses portefeuilles en signant l’Engagement de Montréal et à progressivement réduire son exposition aux risques carbone en rejoignant la Coalition pour la décarbonisation des portefeuilles.

Un an plus tard, nous avons publié l’empreinte carbone de 94 de nos fonds d’actions. Dans les prochaines semaines, nous publierons une mise à jour de l’empreinte de ces fonds et, pour la première fois, l’empreinte carbone de tous nos fonds d’actions.

Nous avons depuis doublé nos efforts de décarbonisation et ceux-ci dépassent aujourd’hui le seuil de 30 milliards d’euros d’actifs en gestion. En outre, nous avons lancé un fonds diversifié d’obligations vertes en septembre dernier grâce à l’amélioration de la liquidité de ce marché.

Notre travail de ces deux dernières années s’est concentré sur l’analyse et l’identification des risques carbone au sein de nos portefeuilles, et en particulier les secteurs qui rejettent le plus de carbone. Nous avons rejoint la Transition Pathway Initiative, une initiative des détenteurs d’actifs en partenariat avec le Grantham Institute de la London School of Economics and Political Science. L’analyse de la performance carbone des entreprises et de la qualité de leur gestion réalisée jusqu’à présent porte notamment sur les 20 plus grandes entreprises cotées en bourse dans les secteurs de l’acier, du ciment, du pétrole, du gaz, de la distribution d’électricité et des mines de charbon.

En outre, dans les cinq prochaines années, BNPP AM et des investisseurs du monde entier aideront plus de 100 grandes entreprises les plus émettrices de gaz à effet de serre à réduire leurs émissions, à renforcer leur transparence financière relative au climat et à améliorer leur gouvernance pour la lutte contre le changement climatique. Cette initiative mondiale fait suite à notre précédent travail d’engagement au sein de l’IIGCC, notre réseau d’investisseurs institutionnels européens sur le changement climatique. Elle sera présentée à la COP23 et démontrera le niveau d’engagement et l’ambition d’une part non négligeable de la communauté d’investissement.

Sur le plan politique, cette COP doit démontrer l’engagement et l’unité mondiale pour la lutte contre le changement climatique malgré la sortie regrettable des États-Unis. Il sera intéressant de voir à quel point les pays en développement comblent le vide laissé par les États-Unis. Une UE et une Chine unies en faveur du climat prendront-elles le relais ?


Rédigé le 06/11/2017

Helena Vines Fiestas

Deputy Global Head of Sustainability

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