Perspectives économiques pour le second semestre 2016 – partie 2 sur 3

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Quels facteurs expliquent cette mollesse de la croissance, et peut-on espérer une évolution plus favorable dans un avenir proche ? Selon nous, les principaux freins à la croissance sont les dettes des secteurs publics et privés, qui restent élevées dans nombre de pays. L’importance des capacités de production manufacturière pèse sur l’investissement des entreprises, en dépit des bénéfices élevés des sociétés aux États-Unis et au Japon et des conditions de financement avantageuses. Cela peut également entraver le développement des échanges commerciaux, créant ainsi un environnement difficile pour les pays émergents dont le cycle d’expansion a été traditionnellement tributaire des exportations.

La faiblesse des prix des matières premières devrait bénéficier à l’économie mondiale.

Selon nous, elle a soutenu la consommation dans la zone euro, aux États-Unis, au Japon et dans certains pays émergents. Cependant, contrairement à leur comportement passé, les consommateurs américains ont mis de côté une part plus importante de cette aubaine. Parallèlement, l’impact sur l’investissement des entreprises a été plus prononcé.

À cela s’ajoutent les problèmes structurels qui affectent à la fois le Japon, où les relances monétaire et budgétaire dans le cadre des « Abenomics » ont jusqu’à présent échoué à redresser durablement la croissance et l’inflation, et la Chine, qui poursuit sa difficile transition d’une économie tirée par l’investissement vers une économie portée par la consommation. L’économie chinoise pâtit de surcapacités dans certains secteurs, d’une dette excessive qui continue de croître à un rythme trop rapide et de l’apparition d’une bulle immobilière.

Nous anticipons un maintien de ce contexte de croissance mondiale en demi-teinte au second semestre 2016. Aux États-Unis, la consommation devrait relativement bien se maintenir, compte tenu de l’assainissement de la situation financière des ménages, d’une croissance solide des revenus et de l’évolution probablement favorable du marché du logement. Toutefois, l’importance actuelle des stocks des entreprises devrait, selon nous, peser sur la croissance. Il est peu probable que l’investissement productif connaisse une nette accélération à ce stade.

La faiblesse de la croissance de la productivité aux États-Unis comporte des avantages et des inconvénients

Elle réduit le taux de croissance potentiel et, par conséquent, les perspectives de prospérité à plus long terme. Elle crée également un contexte difficile pour les profits des entreprises. En revanche, elle permet une croissance de l’emploi et une baisse du chômage, même dans un contexte de croissance modeste du PIB. La situation sur le marché de l’emploi américain devrait donc continuer à se tendre.

Pour la zone euro, nous continuons d’anticiper une croissance tirée par l’activité intérieure. La principale question concerne l’impact de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (« Brexit »). Nous percevons le « Brexit » comme un choc régional et non mondial. La réaction initiale des investisseurs a été celle d’un mouvement de fuite vers la sécurité : les actions et les matières premières ont chuté, les spreads des obligations d’entreprise se sont élargis, les rendements des emprunts d’État se sont détendus et l’or s’est envolé. Cependant, cette tempête, en particulier dans le cas des marchés boursiers, a été de courte durée. Les valeurs bancaires ont pâti de la baisse des rendements obligataires mondiaux, mais il n’y a pas eu de stress systémique.

Graphique 1 : Le vote pro-Brexit du 23 juin 2016 a provoqué un retour à la prudence sur les marchés d’actifs – sur les marchés obligataires développés, les rendements des obligations d’Etats ont chuté. Une des conséquences du Brexit a été de renforcer le phénomène de taux d’intérêt très bas dans les marchés obligataires développés.

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Source : BNPP IP au 20/0716

Nous sommes cependant convaincus que l’issue du référendum britannique aura des conséquences néfastes pour l’économie du Royaume-Uni. Nous anticipons que les entreprises suspendront de nombreuses décisions d’investissement et que la chute de la livre sterling et la hausse de l’inflation ébranleront probablement la confiance des ménages. La baisse des prix immobiliers pourrait également exercer d’autres pressions sur les consommateurs. Selon nous, ces facteurs feront basculer l’économie britannique en récession d’ici à la fin de l’année. À ce stade, nous anticipons une récession de courte durée, mais sa sévérité dépendra clairement des négociations sur les relations commerciales futures du Royaume-Uni avec l’Union européenne.

Dans la mesure où le Royaume-Uni est le premier partenaire commercial de la zone euro, son vote a des implications pour l’Union économique et monétaire. À notre avis, la récession au Royaume-Uni conduira la zone euro à afficher une croissance inférieure à son rythme tendanciel au quatrième trimestre 2016, mais l’économie devrait ensuite se redresser.

Au Japon, la mise en place d’un plan de relance budgétaire et les tensions sur le marché de l’emploi devraient en quelque sorte contrebalancer la vigueur du yen et son impact sur la rentabilité et les investissements des entreprises. Cependant, nous pensons que la mollesse de la croissance et l’absence de réformes structurelles maintiendront l’inflation à un bas niveau et nourriront les doutes quant à l’efficacité des « Abenomics » (plan de relance et de réformes du gouvernement).

Nous anticipons une nouvelle décélération de l’économie chinoise car les effets des importantes mesures de relance des autorités au premier semestre de l’année devraient s’estomper.

Le Brésil et la Russie devraient se redresser progressivement. Cependant, nous attendons une lente reprise au Brésil, car les ménages sont susceptibles de privilégier la réduction de leur endettement et l’État doit résorber son important déficit budgétaire. La Russie doit s’ajuster à la baisse des prix du pétrole, tandis que l’inflation persistante exerce des pressions sur le pouvoir d’achat des ménages.

Dans l’ensemble, nous sommes prudents quant à la croissance des pays émergents en raison du ralentissement de la Chine, du cycle d’investissement mondial, du cycle du commerce international, de l’absence de réformes dans de nombreux pays et du fort endettement de certains États. [divider] [/divider]

 Cet article a été écrit par Joost van Leenders, le 19 Juillet 2016 à Amsterdam

Joost van Leenders

Portfolio Manager, Multi Asset Solutions, CFA charterholder

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