Que retenir du dernier rapport sur les ventes au détail aux USA ?

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  • Les ventes au détail de juillet jettent un léger doute sur la santé de la consommation américaine
  • Après avoir déçu en mai, le rapport sur l’emploi s’est amélioré
  • Le consensus estime que la baisse des résultats des entreprises atteindra un plateau au deuxième trimestre 2016

Mi-août, alors que les Jeux Olympiques de Rio battent leur plein, c’est déjà la fin de la saison des résultats du deuxième trimestre et il semble que les données macroéconomiques publiées récemment diffèrent légèrement du message relayé par les entreprises, à savoir une progression des salaires et une forte croissance de certains secteurs et régions.

Les dépenses ne reflètent pas encore l’amélioration sur le marché de l’emploi

Alors que le nombre d’emplois (voir graphique 1) et les salaires ont augmenté, ce qui devrait se traduire par un plus grand pouvoir d’achat, les données macroéconomiques indiquent des dépenses moins élevées que prévues. Les consommateurs ont été le principal moteur de l’économie américaine face au recul des dépenses d’investissement des entreprises. Vu que nous n’anticipons aucun rebond significatif de ces dernières en raison des incertitudes politiques et macroéconomiques généralisées, les consommateurs devront donc continuer à porter le flambeau de l’économie américaine.

Les consommateurs lèvent jusqu’à présent le pied

Après d’importantes dépenses au deuxième trimestre, les ventes au détail de juillet publiées le 12/08/2016 indiquent que les consommateurs lèvent jusqu’à présent le pied au troisième trimestre. Après une révision à la hausse pour le mois de juin, déjà faste, les ventes ont en effet stagné en juillet et se sont inscrites en deçà des attentes. Les ventes dans le bricolage ont également ralenti en juillet, après un excellent mois de juin. Alors que la tendance générale était à la baisse, les ventes au détail hors automobile et carburants, qui sont un bon indicateur de la demande sous-jacente, ont progressé en juillet, mais moins que prévues. Les ventes dans les rayons d’habillement et autres, en recul structurel, restent mornes, alors que le commerce en ligne continue de grappiller des parts de marché aux canaux traditionnels.

Graphique 1: Depuis deux mois la création d’emplois non-agricoles affiche une progession plutôt prometteuse

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Source: BNPP IP and Bloomberg au 5 août 2016

Après un mois de mai morose, les deux derniers rapports sur l’emploi affichent une nette amélioration, écartant dans la foulée les craintes d’un ralentissement du marché du travail. L’enquête JOLTS (Job Openings and Labor Turnover Survey) montre une progression en juin. Comme l’illustre le graphique 2 ci-dessous, le nombre de démissions, qui représente les départs volontaires des employés et donc la volonté des travailleurs de quitter leur emploi, a augmenté de façon régulière ces dernières années. Cette donnée constitue, d’après nous, une mesure de la confiance des employés dans leur capacité à quitter leurs emplois pour retrouver un travail.

Graphique 2: L’augmentation récente dans le nombre de travailleurs prêts à quitter leur emploi semble montrer une certaine confiance des travailleurs à retrouver un emploi

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Cependant, le taux de croissance de la productivité du travail au deuxième trimestre est ressorti plus faible que prévu et fait suite à deux autres trimestres consécutifs de recul. La faiblesse persistante de la croissance de la productivité a concentré l’attention, car elle pourrait mettre en péril la croissance future de l’économie américaine.

Résultats en rythme annuel en recul pour le cinquième trimestre consécutif

À l’issue de cette deuxième saison des résultats trimestriels, le bilan surprend agréablement : 70 % des entreprises ont en effet dépassé les prévisions du consensus. Cependant, les résultats sont en recul pour le cinquième trimestre consécutif en rythme annuel. Les directions des entreprises ont bien géré les attentes du public. Même si les taux de croissance des revenus et du chiffre d’affaires restent négatifs pour le deuxième trimestre, les replis enregistrés sont moins importants qu’au premier trimestre.

Les prévisions de résultats suggèrent une amélioration au second semestre 2016, avec un redressement notable des taux de croissance des revenus et du chiffre d’affaires au quatrième trimestre. Pour atteindre les prévisions du consensus pour l’ensemble de l’année 2016, la croissance des résultats devra passer d’un recul de moins de 5 % au deuxième trimestre à une hausse de près de 10% au quatrième trimestre.

Selon nous, les perspectives des directions d’entreprises pour le reste de l’année sont prudemment optimistes. Elles continuent notamment de s’inquiéter de l’incertitude politique et macroéconomique. Plusieurs anticipent une baisse des dépenses des clients industriels en raison de la diminution des investissements. Nous avons constaté les mêmes problèmes du côté des sociétés d’hébergement, qui expliquent leurs mauvais résultats du deuxième trimestre et la baisse de leurs perspectives pour l’ensemble de l’année 2016 par un recul des demandes des entreprises et des voyages d’affaires.

Pour les investisseurs dans le crédit, la saison des résultats du deuxième trimestre fait état d’une dégradation continue des profils de crédit, ce qui ne nous étonne guère depuis quelques années. Le chiffre d’affaires du secteur bancaire révèle des difficultés, mais la qualité crédit demeure relativement stable et les prévisions bénéficiaires pour l’ensemble de l’année ont été largement réaffirmées.

Consommation américaine : encore le principal moteur de croissance

Les consommateurs ont été le principal moteur de croissance du PIB aux États-Unis durant le premier semestre 2016. Pour satisfaire aux attentes pour l’ensemble de l’année 2016, ils devront continuer à dépenser massivement durant le reste de l’année, car les entreprises resteront plus modestes à cet égard en raison des incertitudes politiques et macroéconomiques mondiales. Les directions d’entreprises semblent se contenter de consacrer du cash et des capitaux aux rachats d’actions et aux fusions-acquisitions, plutôt qu’à l’augmentation de leurs dépenses d’investissement. Néanmoins, bien que les chiffres décevants des ventes au détail en juillet constituent un léger écueil pour les chiffres du PIB du 3e trimestre, nous pensons que toutes les pièces sont en place pour soutenir des dépenses de consommation saines.

Ecrit par Uma Rickheeram, Head of US Credit Research, à New York City le 15 August 2016

Uma Rickheeram

Head of US Credit Research

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