Graphique de la semaine – Probabilité moyenne d’automatisation par profession

Post with image

Dans un discours passionnant prononcé le 12 novembre, Andrew G. Haldane, l’économiste en chef de la Banque d’Angleterre (BOE), a expliqué comment ses collègues analystes et lui-même perçoivent les avancées technologiques vis-à-vis du marché du travail dans les prochaines années.

Comme l’illustre l’histoire récente de l’Homme, la technologie change profondément le volume et la nature du travail. Haldane se demande si la technologie, et en particulier l’automatisation, engendreront cette fois-ci une refonte plus fondamentale du travail et des salaires. Il évoque l’image séduisante d’une croissance de la productivité alimentée par la robotisation, décrite dans les livres Race Against the Machine et The Second Machine Age (d’Eric Bryngjolfsson et d’Andrew McAfee). Selon cette thèse, les machines intelligentes des temps modernes, dotées de puissants processeurs, n’ont rien de comparable avec les technologies du passé et ont le potentiel de se substituer au cerveau et aux mains de l’homme.

Si nous nous trouvons à l’aube d’une quatrième révolution industrielle (où les machines « new-age » réfléchiront aussi bien qu’elles manipuleront, sentiront aussi bien qu’elles analyseront, s’adapteront aussi bien qu’elles agiront), conclut Haldane, le paysage de l’emploi évoluera en permanence et nous ne revivrons plus le scénario du 19e siècle, où les gains de productivité ont engendré des hausses de salaire et de la part du revenu issu du travail.

La Banque d’Angleterre a poursuivi ses recherches en vue d’identifier les fonctions qui pourraient probablement être automatisées au Royaume-Uni dans les prochaines décennies. L’étude montre que la vague d’automatisation pourrait toucher pas moins de 15 millions de postes, si les avancées technologies étaient mises en œuvre dans les années à venir.

Graphique 1 ci-dessous compare les différentes catégories de profession par rapport à leur taux salarial médian et leur vulnérabilité à l’émergence des machines. Il montre également que les métiers qui présentent le risque le plus élevé d’automatisation sont généralement les emplois faiblement rémunérés. En d’autres termes, l’automatisation pourrait jouer le rôle d’impôt dégressif sur le revenu de la main-d’œuvre non qualifiée et ainsi creuser le fossé entre les différentes classes sociales.

Graphique 1 : Probabilité moyenne d’automatisation par profession

AutomationFRSource : Banque d’Angleterre, BNP Paribas Investment Partners, 12 novembre 2015

Si l’automatisation provoque des bouleversements sur le marché du travail comme l’indique l’étude de la Banque d’Angleterre, les conséquences seront profondes et multiples :

– hausse du risque de chômage et de sous-emploi ;
– accentuation des inégalités en raison de l’élargissement des écarts salariaux entre une élite très qualifiée et le reste ;
– diminution de la part des revenus nationaux générés à partir du travail.

Haldane propose les solutions de long terme suivantes aux dirigeants politiques :

Meilleur équilibre entre vie professionnelle et privée : l’avenir pourrait ressembler à des semaines de travail plus courtes avec diverses formes de rémunération financière et extrafinancière.
Formation et reconversion : une politique d’éducation qui met l’accent sur les compétences cognitives de base comme la lecture, l’écriture et l’arithmétique pourrait se révéler un anachronisme dans un monde où les machines intelligentes surpasseront les hommes dans ces domaines. Dans un monde automatisé, il serait plus avisé de développer les aptitudes non cognitives (par exemple : la persévérance, la discipline, la focalisation, la confiance, l’esprit d’équipe, la disposition à demander de l’aide, l’application, la flexibilité, la capacité d’adaptation, le sens de l’innovation).
Redistribution : Si, à l’avenir, l’écart entre les travailleurs qualifiés et non qualifiés se creuse sensiblement, il conviendrait de repenser les rôles respectifs du capital et du travail. Toute évolution dans la balance des pouvoirs en faveur du capital pourrait engendrer une refonte des modèles de gouvernance d’entreprise. Selon Haldane, certains signes donnent à penser que l’engrenage est déjà en marche.

Andrew C. Craig

Head of Financial Market Analysis & Publications

Laisser un commentaire

Your email adress will not be published. Required fields are marked*