Forum de l’investissement 2019 : réglementation des marchés dans l’économie des superstars (3/5)

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L’ère numérique a apporté des avantages considérables à la société, mais aussi des coûts, et il incombe souvent aux gouvernements de mettre en œuvre des réglementations visant à minimiser ces coûts. Lors du Forum de l’investissement 2019 de BNP Paribas Asset Management, le prix Nobel d’économie 1994 Jean Tirole de la Toulouse School of Economics a expliqué combien il est difficile de réglementer le pouvoir de marché dans une économie mondiale perturbée.


Les autorités réglementaires doivent tenir compte de la révolte montante contre les entreprises technologiques dans la société, prenant la forme d’appels en faveur du démantèlement des grandes entreprises technologiques, de leur réglementation en tant que services publics, d’une application plus stricte des politiques antitrust ou du lancement de programmes de politique industrielle dans le domaine du big data et de l’intelligence artificielle (IA).

Réglementer le changement de manière flexible

L’un des défis auxquels sont confrontées les autorités réglementaires est celui de la politique antitrust. Par le passé, lorsque les autorités réglementaires s’attaquaient à des monopoles comme AT&T ou Standard Oil, il était facile d’identifier et de séparer les parties essentielles de leur activité (par exemple, la boucle téléphonique locale, les voies et les gares ferroviaires).

Avec les entreprises technologiques, c’est plus difficile, car leurs activités évoluent rapidement. Dans le cas des données, il est difficile de séparer les données des activités qui les génèrent. Pour le professeur Tirole, la politique de la concurrence et la protection des consommateurs sont les meilleurs outils pour gérer cette industrie, mais les autorités réglementaires doivent adapter ceux-ci au contexte numérique et les rendre flexibles.

Les autorités réglementaires s’efforcent de préserver la concurrence sur un marché afin que les consommateurs reçoivent le meilleur service au meilleur prix. À l’ère du numérique, cela implique d’évaluer le comportement des entreprises en place afin de s’assurer que les produits dérivés ou les rabais de fidélité, par exemple, ne limitent pas la concurrence par les prix. Des acquisitions peuvent être utilisées pour éliminer un rival du marché, ou les garanties de « meilleur prix » peuvent finir par permettre à une plateforme de faire payer des non-utilisateurs.

Compte tenu de la domination des entreprises technologiques américaines et chinoises – les 20 plus grandes entreprises technologiques du monde proviennent de ces pays – des appels ont été lancés, en particulier en Europe, en faveur d’une plus grande utilisation de la politique industrielle pour promouvoir des champions « régionaux ». Le projet de fusion d’Alstom et de Siemens en est l’exemple le plus récent, bien que dans un autre secteur.

Politique industrielle – faut-il l’utiliser ?

Les arguments en faveur de la politique industrielle sont qu’il existe des « effets de grappe » (partage des infrastructures et des informations, potentiel de mobilité des emplois à faible coût), des retombées industrielles de la recherche et développement publique ou qu’elle permet de préserver la concurrence (argument en faveur de l’existence simultanée d’Airbus et de Boeing).

Les économistes sont néanmoins sceptiques. L’histoire montre que les gouvernements parviennent rarement à sélectionner des secteurs ou des entreprises gagnantes, et l’implication de l’État augmente le risque que ce dernier subisse des pressions du secteur lui-même. Il existe toutefois des exceptions, comme la Defence Advanced Research Projects Agency, le National Institute of Health et la National Science Foundation des États-Unis.

Les leçons qu’en ont tirées nos gérants de portefeuille sont qu’ils doivent suivre de près la politique réglementaire et surveiller la manière dont elle s’adapte à l’ère numérique afin de pouvoir anticiper les changements susceptibles d’affecter la valeur des entreprises dans lesquelles ils ont investi. Qu’il s’agisse du démantèlement d’une entreprise ou de l’imposition de nouvelles exigences telles que la RGPD, les répercussions peuvent être considérables.


Cet article constitue la troisième partie de la série d’Investors’ Corner relative aux principaux arguments des quatre principaux conférenciers du Forum de l’investissement 2019 de BNP Paribas Asset Management.


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Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur à la date de publication. Elles émanent des informations disponibles et sont susceptibles de changer sans préavis. Les équipes de gestion peuvent avoir des opinions différentes et prendre des décisions d’investissement autres en fonction des clients.

Daniel Morris

Senior investment strategist, CFA charterholder

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