Quelles perspectives d’investissement pour les marchés émergents pour la fin de 2016 ?

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La sous-performance chronique enregistrée par les marchés d’actions des pays émergents sur les six dernières années toucherait-elle à sa fin ?

À notre avis, plusieurs facteurs invitent à l’optimisme.

Le potentiel de croissance des bénéfices sur les marchés émergents est notablement plus élevé que sur les marchés développés. Alors que les marges, proches de leurs plus hauts historiques, se réduisent aux États-Unis et au Japon, et qu’elles se situent à des niveaux moyens en Europe, elles sont proches de leurs niveaux plancher et augmentent sur les marchés émergents (cf. graphique 1).

Même sans accélération de la croissance des chiffres d’affaires, les entreprises des marchés émergents sont capables d’accroître leurs bénéfices en se contentant de revenir à des niveaux normaux de productivité. Ce potentiel se traduit actuellement par des prévisions de croissance des bénéfices plus élevées pour les entreprises des marchés émergents que pour celles des marchés développés.

Graphique 1 : prévisions de marges nettes

emerging markets graph 1

Sources : Factset, BNP Paribas Asset Management au 24 août 2016

Les valorisations confirment également le potentiel des marchés émergents, les multiples P/E et P/B se situant à des niveaux inférieurs à leurs moyennes historiques. La hausse des cours enregistrée ces derniers mois s’explique principalement par le rebond des prix du pétrole et des matières premières. En revanche, leur faiblesse observée plus récemment pourrait déboucher sur une nouvelle baisse des cours de Bourse. Selon nous, les prix des matières premières devraient se stabiliser autour de leurs niveaux actuels, réduisant ainsi dans les économies émergentes les secousses provoquées par leur forte volatilité.

Fait important, le redressement des bénéfices ne se limite plus aux secteurs des matières premières, mais concerne maintenant la consommation discrétionnaire et les technologies. Enfin, la croissance chinoise semble rester stable, voire s’améliorer, comme le montrent les indices PMI supérieurs à 50 dans les secteurs des services et des activités manufacturières, celui de ce dernier secteur étant en hausse.

Il subsiste bien sûr des risques sur les marchés d’actions des pays émergents.

Si la Fed relève ses taux plus tôt ou plus fortement que les marchés ne l’anticipent, l’affermissement du dollar américain qui en découlerait provoquerait de nouvelles fuites de capitaux dans les marchés émergents et accentuerait les problèmes que rencontrent déjà les entreprises pour rembourser leur dette émise en dollars américains. Le risque politique est omniprésent. Cependant, la stabilisation des devises et des prix des matières premières, ainsi que les faibles marges et valorisations, plaident en faveur d’un renforcement de l’exposition aux titres émergents, en particulier dans les secteurs sensibles à la demande intérieure (par opposition à ceux qui dépendent plus fortement des exportations).

La recherche de rendement conduit les investisseurs à se tourner plus encore vers les marchés émergents, dont les écarts de taux allant de 300 à 650 pb par rapport aux bons du Trésor américains sont évidemment attractifs. Le segment le plus intéressant de ce marché est celui de la dette souveraine émise en dollars américains, qui présente des écarts de taux dans le haut de la fourchette dans laquelle elle oscille depuis le début de l’ère de l’assouplissement quantitatif, bien que nettement en dessous des pics précédents (cf. graphique 2).

Graphique 2 : écarts de taux de la dette des marchés émergents

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Note :

Sources : J.P. Morgan, BNP Paribas Asset Management au 24 août 2016.

Les écarts de taux de la dette émise en dollars américains par des entreprises des pays émergents ne sont pas si élevés et se situent bien au-dessous des niveaux extrêmes qu’ils ont pu atteindre par le passé, à quasiment 1 000 pb. Étant donné que ces entreprises doivent effectuer des paiements en dollars alors que leurs devises se sont dépréciées de plus de 30 % depuis 2011, il est difficile de savoir si les spreads actuels sont raisonnables. Parmi les actifs libellés en dollars, la dette souveraine semble représenter la meilleure option.

La dette souveraine émise en monnaie locale offre des rendements encore plus intéressants, bien qu’inférieurs à la normale, et qui dit rendements élevés dit risque de change élevé. Le principal élément pouvant déclencher un nouvel affaiblissement des devises émergentes serait un durcissement brutal de la part de la Fed, mais au vu des données économiques récentes, cela semble peu probable.

En fait, la politique accommodante de la Fed laisse aux banques centrales de certains marchés émergents la marge de manœuvre nécessaire pour réduire leurs taux d’intérêts, ce qui devrait augmenter les rendements liés aux prix de la dette souveraine. Le rebond considérable des rendements offerts par la dette émise en monnaie locale par les États émergents par rapport aux bons du Trésor américains indique que cette classe d’actifs va rester attractivepour les investisseurs, et à juste titre.

Conclusion

Les rendements estimés des actifs cotés restent faibles et les investisseurs se voient contraints de choisir parmi une liste de possibilités qui ne sont pas particulièrement alléchantes. Jusqu’à la fin de l’année, les actions devraient redevenir aussi attrayantes que les obligations, malgré des secousses inévitables et de probables épisodes de sous-performance, qui devraient être de courte durée. Alors que les banques centrales poursuivront leur politique de rachats d’obligations, les revenus resteront un facteur déterminant dans les décisions des investisseurs.

Les actions offrant des rendements plus élevés seront certainement soutenues par une demande vigoureuse, mais les investisseurs devraient se demander si l’avantage marginal des revenus des dividendes justifie la prime qu’ils paient. Selon nous, ils pourraient se tourner vers des secteurs et des marchés qui montrent des perspectives de croissance plus encourageantes, comme les technologies ou les marchés émergents, et qui s’avèreront profitables à moyen terme.

Alors que la croissance économique reste globalement stable, il est peu probable que les spreads de crédit augmentent significativement, ce qui devrait rendre la dette à haut rendement et celle émise dans les marchés émergents plus attrayante. Sur le segment des émetteurs investment grade, les obligations américaines et asiatiques semblent plus intéressantes que les européennes.

Grâce au programme de rachat d’obligations par la BCE, les rendements des obligations d’entreprise européennes se situent à plus de 200 pb en dessous de ceux des obligations d’entreprise américaines. Les rendements pourraient continuer de chuter sur le Vieux Continent, tandis qu’ils pourraient augmenter aux États-Unis. Ce creusement de l’écart de taux devrait permettre aux investisseurs de traverser cette période difficile en attendant des jours meilleurs.

Néanmoins, il demeurera difficile de trouver des stratégies de placement à long terme (buy-and-hold). Les investisseurs seraient bien avisés de chercher des fonds à gestion plus active capables de profiter des pics de volatilité fréquents pour acheter et vendre des actifs sous-évalués ou surévalués. [divider] [/divider]

La valeur des investissements et les revenus qu’ils génèrent peuvent enregistrer des hausses comme des baisses et il se peut que les investisseurs ne récupèrent pas leur investissement initial.

Investir dans les marchés émergents ou dans des segments de marché spécialisés ou restreints peut présenter une volatilité supérieure à la moyenne en raison de la forte concentration de leurs positions, d’un degré d’incertitude plus élevé reflétant le manque d’informations disponibles, de leur liquidité plus faible ou de leur sensibilité plus grande à l’évolution du contexte de marché (social, politique et économique).

Certains marchés émergents offrent moins de sécurité que la plupart des marchés développés internationaux. Par conséquent, les services de transaction, de liquidation et de conservation du portefeuille utilisés pour le compte de fonds investis dans les marchés émergents peuvent comporter un risque plus élevé. [divider] [/divider]

 Cet article a été rédigé par Daniel Morris, Senior Investment Strategist, le 24 août 2016 à Londres

Daniel Morris

Senior investment strategist, CFA charterholder

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